Les festivals de l’été

Petit mémo

Les festivals de l'été

Si le festival d’Avignon reste, pour le théâtre, le roi de l’été, toute une pléiade de manifestations festivalières parsèment l’Hexagone et ne cessent de se multiplier, le plus souvent sous l’égide des collectivités territoriales qui ont fini par comprendre que la culture était aussi un facteur important de l’économie d’une ville ou d’une région.
Si bien qu’aujourd’hui, le florilège des propositions a de quoi donner le tournis à l’estivant qui ne souhaite pas bronzer idiot. Cependant dans le taillis des affiches certaines s’annoncent particulièrement alléchantes.

Les Fêtes nocturnes de Grignan : le tumulte hugolien

Depuis vingt ans déjà, « Les Fêtes nocturnes de Grignan » font de la somptueuse façade de son château, la caisse de résonance de la poésie dramaturgique. Après Molière l’année dernière et le magnifique Tartuffe de Brigitte Jaques-Wajman, c’est cette année, le verbe et les vers tumultueux de Victor Hugo avec Le Roi s’amuse. Triboulet, bouffon de François 1er, être aussi démoniaque que mal bâti, qui a juré de se venger du Roi qui a violé sa fille, le seul être qu’il aime au monde, tisse de diaboliques intrigues dont il sera la victime.
Triboulet, qui deviendra Rigoletto dans l’Opéra de Verdi, a bel et bien existé. Mort vers 1528, il fut le Bouffon de Louis XII et de François 1er. Il inspira Rabelais avant d’être le héros de l’extravagant et somptueux mélo imaginé par Victor Hugo. Ferraillant contre la restauration bourgeoise qui s’affaire à étouffer les idéaux de la révolution de juillet le, poète emmêle les rires et les larmes, le grotesque et le tragique. Sous les traits de Triboulet que joue Denis Lavant « fabuleux comédien amoureux des langues de hautes volées », Hugo « dessine également, la figure de l’homme qui souffre sous la grimace, qui déguise sa douleur en rire », explique le metteur en scène François Rancillac qui précise : « Lui le bossu, le paria, l’anormal a su faire de la disgrâce un métier : il est le clown de la cour au service des grands de ce monde. Sa différence devient alors une fonction, son talent un commerce, sa souffrance une grimace, son humour un rictus ; il avait tout pour être un artiste, il n’est plus qu’un amuseur public, cynique et amer, qui a vendu sa dignité pour un plat de lentilles et y perdra son âme (sa fille)…n’est-ce pas là ce qui attend tout créateur qui se met à la solde du pouvoir quel qu’il soit ? »

Les Fêtes nocturnes de Grignan depuis le 30 juin et jusqu’au 21 août
tel 04 75 91 83 65

Festival théâtral de Figeac Molière et Vauthier

Avant de passer le flambeau en 2011 à Francis Huster, Marcel Maréchal profite de l’été pour sédentariser pendant quelques jours, les Tréteaux de France, seul centre dramatique national itinérant.
Pour fêter le dixième anniversaire du festival, et en prélude à la tournée de la saison prochaine, Marcel Maréchal revient à Molière avec Le Bourgeois gentilhomme, dans une version revisitée.
Au programme également un hommage à Jean Vauthier ( 1910-1992). Poète de la scène au lyrisme puissant dont les œuvres ont séduit aussi bien Gérard Philipe, que Claude Régy et Jean-louis Barrault, Jean Vauthier a joué un rôle déterminant dans l’itinéraire artistique de Marcel Maréchal qui fut révélé comme comédien et metteur en scène avec Capitaine Bada et Badadesque en 1965 ; depuis entre l’auteur qui rêvait « de souder son siècle à celui d’Elisabeth » et l’homme de théâtre, ce fut un long et fructueux compagnonnage ponctué de créations fameuses tel Sang ou encore Ton nom dans le feu des nuées Elisabeth.
Pour faire réentendre le verbe profus et prodigieux, c’est toute une série de lectures qui a été organisée. Elle sera inaugurée avec Marianne Basler qui lira Prodige aux côtés de Marcel Maréchal.
Comme à son habitude le festival de Figeac fera place aux compagnies professionnelles de la région Midi-Pyrénées : ce seront deux troupes toulousaines : Les Vagabonds avec Le Plus heureux des trois de Labiche, le Théâtre 2 l’Acte qui présentera Les Bonnes de Genet, et le Théâtre du Rugissant, de Graulhet, qui proposera une création originale Dans l’œil du Judas.
Festival théâtral de Figeac du 29 juillet au 7 août
Tel 0825 003 303

Bussang le Théâtre du Peuple.

On y conjugue le conte et le cabaret

Crée en 1895 par Maurice Pottecher, ami de Jules Renard, Romain Rolland et Firmin Gémier, le Théâtre du Peuple de Bussang est le véritable berceau du théâtre populaire tel que l’a rêvé Gémier certes, mais aussi Jean Vilar et d’autres. Avec au fronton de sa nef de bois, « Par l’art pour l’humanité », il épelle tout ce qui irriguera plus tard l’idée d’éducation populaire qui fut le socle à partir duquel s’est forgée la décentralisation de l’après- guerre.
Depuis sa création il y a cent quinze ans, il a su vieillir sans prendre de rides, s’adapter à la dramaturgie contemporaine sans pour autant déroger aux principes qui le fondent ; la raison pour laquelle sans doute, un séjour à Bussang reste un moment à la fois unique et festif.
En mettant Peau d’Âne à son programme, il noue ensemble la modernité et la tradition, l’effroi et le merveilleux. Mais attention, nous prévient l’auteur-metteur en scène Olivier Tchang Tchong, si l’histoire s’inspire de Charles Perrault et raconte les tribulations d’une fillette qui fuit dans la forêt pour échapper à son papa qui veut l’épouser, « il ne s’agit pas d’un spectacle pour enfants, visible par les parents, mais d’un spectacle pour adultes que peuvent voir les enfants ». Il sera joué comme le veut la coutume par des comédiens professionnels et amateurs. « Ce sera donc un conte parce que la montagne est sans doute un endroit où pourrait encore se cacher la bête ; parce que ce théâtre est une forteresse qui pourrait abriter une princesse, un roi, une fée, un prince. Parce que nous avons tous une chose en commun : l’enfance… Le spectateur entrera dans le conte comme on traverse un miroir par effraction. Il verra alors un village entier descendre de la colline pour faire ses adieux à la Reine, l’âne sur scène errant au milieu de son or ou encore Peau d’Âne s’échappant par la grande porte du théâtre pour se perdre dans la nature ».

Tandis que Peau d’Âne fera rêver et frémir petits et grands l’après midi, le soir venu c’est le rire qui sera au rendez-vous avec Le Gros, la vache et le mainate une « opérette barge », écrite par Pierre Guillois et orchestrée par Bernard Ménez . Un spectacle tissé de pirouettes et de chansonnettes « plus ou moins désastreuses, une comédie musicale menée par une brochette d’hurluberlus » nous dit le programme. Parmi ceux-ci, Olivier Martin Salvan, Jean-Paul Muel, Pierre Vial …
Entre les spectacles, on peut se restaurer au bar ou pique-niquer dans le parc. On peut aussi en profiter pour faire de belle balades dans les sentiers vosgiens ou encore aller découvrir à quelques kilomètres de Bussang « les Hautes-Mynes du Thuillot », le site minier des ducs de Lorraine.
Théâtre du Peuple à Bussang du 14 juillet au 28 août tel 03 29 61 50 48.

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

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