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Critiques / Théâtre

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles de Frédéric Rose

par Gilles Costaz

Les enfants de l’absurde

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En scène, trois musiciens parlent plus qu’ils ne jouent ou qu’ils ne chantent. C’est logique, puisqu’ils sont illogiques et mettent le monde à l’envers avec des histoires à dormir debout. L’un dit qu’il a vu passer Verlaine, tout en sachant qu’il est mort depuis belle lurette (mais, bien que mort, il avait peut-être une course urgente à faire). L’autre voudrait vendre un morceau d’arc-en-ciel qu’il a acheté d’occasion. Le troisième, à moins que ce ne soit le second, a emballé au bal une drôle de partenaire, un « proto-type » qui est femme de face et homme côté pile. Ils parlent des femmes – surtout de la rousse que l’un d’eux croise sans cesse dans son immeuble -, du cinéma, de l’amour, des animaux, des élans. Ils boivent sans arrêt, sauf quand ils se décident à jouer de leur instrument ou de leur voix. Chacun a une chemise de couleur différente mais qui joue du piano, de la guitare et d’un manche à balai planté sur une valise ? On ne sait plus. Pourtant ils ont l’alcoolisme tranquille. Ils sont très calmes, pas du tout affolés par le monde délirant où ils promènent leurs pensées à contrepied et sur lequel ils égrènent des anecdotes à perdre son latin. On ne les quitte pas des yeux et de l’oreille : que leur partition soit verbale ou musicale, ils jouent juste.
Ce sont des enfants de l’absurde, lignée farceuse et non tragique. Au départ, il y a la très bonne idée de Laurent Serrano de réunir Pascal Neyron, Emmanuel Quatra et Benoît Urbain autour de textes de Vincent Jaspard et surtout de Frédéric Rose. Ces textes sont des propos de nuit, dans l’esprit de Dubillard, Ribes ou Topor. Serrano les adapte pour trois interprètes (alors qu’ils sont écrits pour des duos) et il ajoute la musique comme alcool complémentaire. Pour la musique, Benoît Urbain va chercher du côté de Trénet - son Verlaine, précisément, pour ouvrir la soirée - , Gershwin, Cochran, Nougaro, Aznavour... - , fait les arrangements et se montre, vocalement, le plus acrobatique. Neyron et Quatra sont comédiens et chanteurs ; ils peuvent renvoyer la balle et ils le font, dans un léger décalage avec Urbain qui simule du mécontentement et de l’impatience, avec cette placidité qui donne à la loufoquerie une vérité irréfutable. Serrano serre la vis pour qu’il n’y ait aucun clin d’oeil. Rien que l’impassibilité décapante. Comique à froid et musique à chaud, c’est le secret d’un cabaret parfait.

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles, textes de Fédéric Rose et Vincent Jaspard, adaptation et mise en scène de Laurent Serrano, arrangements musicaux de Benoît Urbain, lumières de Didier Brun, avec Pascal Neyron, Emmanuel Quatra et Benoît Urbain.

Le Lucernaire à 21h. (Durée : 1 h 15). Résa : 01 45 44 57 34.

Photo compagnie Laurent Serrano.

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