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Critiques / Théâtre

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

par Gilles Costaz

Une moderne féerie

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Le Songe d’une nuit d’été, tel que l’a monté Guy-Pierre Couleau, dans la traduction volontiers à double sens de Françoise Morvan et André Markowicz, est un bonheur complet. On a souvent vu d’excellentes mises en scène de la pièce. Celle-ci va chercher un ton nouveau en la situant à notre époque, sans en perdre le côté intemporel. Il y a très peu d’éléments concrets. Dans le décor d’Elissa Bier, la forêt, la nature (quand elles ne viennent pas directement du paysage ambiant, qui ne s’introduit que quelques minutes) prennent la forme d’une sorte de mousse de papier bleu-vert, bleu et blanc volant sur le sol, inattendue et picturale. Voilà pour l’intemporel. Pour le temporel, les habits sont des costumes d’été : robes courtes, shorts pour les femmes, tissus chic et près du corps pour les hommes. Avec un peu plus d’embourgeoisement quand on est dans l’Athènes de convention où la pièce va et vient, en demeurant le plus longtemps possible dans la douceur enveloppante des futaies où complotent des êtres surnaturels. On connaît la trame : par la faute d’un de ces lutins qui se trompent dans la manipulation de sa magie, des couples mal assortis se forment dans la passion mais chacun revient à son amour profond quand l’irrationnel cesse de dicter sa loi. Shakespeare libère la folie du désir et Couleau la représente jusqu’à l’hystérie, servi par des acteurs magnifiquement endiablés : Jessica Vedel, Clémentine Verdier, Adrien Michaux et Sébastien Amblard. On sait aussi qu’il y a un âne, ou plus exactement le personnage d’un comédien balourd qui, affublé d’une tête d’âne, séduit, le temps de cette folle nuit, la reine des elfes : François Kergoulay interprète ce butor avec une force rare dans l’expression de la fatuité ! C’est Bouvard et Pécuchet en un seul homme ! On sait également que l’elfe Puck est un pivot essentiel de la pièce : Rainer Sievert en donne toute la drôlerie, avec une belle profondeur qui surgit en ricochets derrière le discours enfiévré. Anne Le Guernec joue avec une grâce opératique les deux rôles d’Hippolyte et de Tania en cultivant chez chacun d’eux une supériorité un peu hautaine, qui n’est pas la même chez les dieux et chez les humains ! Pierre-Alain Chapuis – parfois remplacé par François Macherey – assure lui aussi l’incarnation de deux rôles, Thésée et Obéron, et l’effectue avec autorité mais aussi avec un sens aigu du secret caché chez des êtres qu’on pourrait réduire à leur présence symbolique. Ce Songe, qui fut l’événement de l’été dernier au Théâtre du Peuple de Bussang, est pétillant de drôlerie, et ses bulles éclatent dans la splendeur d’un monde du désir où tout est piège, fièvre et volupté.

Le Songe d’une nuit d’été, mise en scène de Guy-Pierre Couleau, traduction de Françoise Morvan et André Markowiz, scénographie d’Elissa Bier, costumes de Laurianne Schiemi, lumières de Laurent Schneegans, musiques de Philippe Miller, masques et maquillages de Kuno Schlegelmich. Avec Sébastien Amblard : Lysandre Clément Bertonneau : Robin Claquebec/Clair de Lune François Kergourlay : Phil-Pelote Marlène Le Goff : Fée Anne Le Guernec : Hyppolite/Titania Pierre-Alain Chapuis en alternance avec François Macherey : Thésée/Obéron José-Maria Mantilla Camacho : Francis Flûte/Thisbé Adrien Michaux : Démétrius Ruby Minard : Fée Martin Nikonoff : Vrillette/Le Lion Carolina Pecheny : Pete Couince Achille Sauloup : Tom Goulotte/Le Mur Romaric Séguin : Philostrate Rainer Sievert : Puck ou Robin Bon Garçon Jessica Vedel : Hermia Clémentine Verdier : Héléna

Centre dramatique national d’Ivry (Manufacture des oeillets), tél. : 01 43 90 11, jusqu’au 23 mai. (Durée : 2 heures 15).

Photo DR.

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