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Le Roi Lear, brève rencontre avec Jean François Sivadier

par Marie-Laure Atinault

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Il est heureux, la première du ROI LEAR a été un triomphe. Lear, le roi devenu fou de William Shakespeare a combattu vaillamment un fort mistral qui glaça les spectateurs de la cour d’honneur du Palais des Papes. Au début une immense bâche de couleur rouge recouvre toute la scène, le vent s’engouffre dedans, créant une marée déchaînée bien à l’image des vicissitudes que vont vivre les personnages de la tragédie. Le mistral s’est même invité en guest star et facétieux, il arracha une tenture rouge tendue au fond de la scène. Alors que la toile malmenée depuis un bon moment n’en peut plus et que ses coutures rendent les armes, le Roi et son bouffon coupé dans un savoureux dialogue nous offrent un joli moment de théâtre. Norah Krieff, le bouffon et Nicolas Bouchaud, le Roi rattrapent au vol l’infortunée toile, ils nous regardent et nous demandent « ça va ? ça va » Cette interjection sera le leitmotiv du bouffon.

Ce metteur en scène bénéficie d’une côte d’amour qu’on lui souhaite fort longue. La critique et le public l’aiment communément. En 2005, il présenta dans la cour du lycée St Joseph La vie de Galilée et La mort de Danton, deux moments forts lors de ce Festival houleux. Tout naturellement il investit la célèbre Cour d’honneur. Il y a longtemps que les directeurs du Festival, Vincent Baudriller et Hortense Archambault lui avaient proposé la Cour, mais Jean-François Sivadier ne se sentait pas prêt. Or Le Roi Lear s’impose à lui, avec une nouvelle traduction dans la veine littérale du théâtre Élisabéthain.

Y-a-t-il un cahier des charges lorsque l’on joue dans la Cour d’honneur ?

Oui et non. Elle s’impose d’elle même. Ce n’est pas un théâtre, mais un lieu extraordinaire avec les contraintes de l’extérieur. La cour est un lieu très cher donc il y a peu de répétitions dans le lieu même, sept jours en Juin et deux jours avant la première.

Dans vos mises en scène de pièces historiques, les costumes sont toujours décalés, pourquoi ?

Les spectacles sont joués aujourd’hui, nous ne pouvons pas oublier que ce sont des comédiens actuels qui jouent. Mais je voulais que les costumes portent des traces élisabéthaines, comme un rêve possible sur ce théâtre.

Rappelons en quelques mots la trame, disons l’anecdote de la pièce. Le Roi décide d’abandonner tous ses pouvoirs à ses trois filles, avant de leur donner une partie de son royaume et il demande à chacune d’elles d’exprimer l’amour qu’elles ont pour lui. Les deux premières se répandent en vils compliments auxquels le vieil homme est sensible, tandis que la dernière Cordelai se refuse à cette courtisanerie éhontée. Furieux de ne pas entendre ce qu’il voulait il chasse sa fille préférée.

Je ne voulais pas que Regane et Goneril soient de prime abord des méchantes, des harpies. Il faut les comprendre, voir leur père débarquer avec toute sa suite, se comportant en souverain. Qui serait content d’accueillir ses propres parents dans les mêmes conditions ! Le problème de Lear est d’être sourd au monde extérieur.

Kent est interprété par Nadia Vonderheyden, le bouffon par Norah Krief et Régane par Christophe Ratandra et Lear que l’on dépeint dans la pièce comme un vieillard de 80 ans par Nicolas Bouchaud qui n’a pas 50 ans. Pourquoi ce bouleversement des sexes et des âges ?
Et pourquoi Cordelia et le bouffon sont-ils joués par la même comédienne ?

Quand on lit la pièce on est étonné de constater que l’on voit très peu Cordélia. Je pense que ce rôle était joué par un homme à la création. Le fou et Cordelia sont deux rôles complémentaires, ils se répondent, se complètent.
Le trouble de l’identité est très fort dans la pièce. En ce qui concerne Nicolas Bouchaud, je ne voulais personne d’autre que lui pour Lear. Je ne voulais pas que l’on joue sur l’âge apparent, mais sur une maturité défaillante, sur une errance de l’esprit. Lear est une diva, c’est un peu pour cela qu’il porte une robe.

La scène de la tempête est le cœur de la pièce, c’est là que Lear perd la raison, c’est là qu’Edgar reprend son destin en main car tous les deux sont rejetés et trahis par leur famille. Jean François Sivadier en donne une version très nouvelle, l’une des plus éclairantes de l’œuvre.

Vous avez repris le système de tréteaux inclinés que vous aviez utilisé pour vos précédents spectacles avignonnais.

Oui, pourtant je ne voulais plus les utiliser, et puis cela m’a semblé une évidence en relation avec Shakespeare et Vilar.

Jean-François Sivadier nous quitte pour faire des petits ajustements toujours indispensable après le premier contact avec le public. Ce Roi Lear restera dans les annales pour son souffle épique, la scène de la bataille est grandiose. Pour Norah Krief, émouvante en Cordelia et hilarante en bouffon : une composition entre Gemini cricket et la mouche du coche, pour l’extraordinaire Nicolas Bouchaud qui s’impose comme étant l’un des plus grands Lear, pitoyable, détestable, hallucinant dans son aveuglement.

Avec ce spectacle le Festival retrouve la veine des grands spectacles populaires dans la droite ligne de Vilar.

Le Roi Lear de Shakespeare dans la cour d’honneur du palais des Papes.
Mise en scène de Jean-François Sivadier création au festival d’Avignon.

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