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Critiques / Théâtre

La Discrète amoureuse de Lope de Vega

par Corinne Denailles

Farandole de l’amour

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Lope de Vega, grand écrivain du siècle d’Or espagnol, est l’auteur de pas moins de 1500 pièces religieuses et profanes. Il était proche du pouvoir monarchique dont il n’a jamais vraiment été reconnu malgré son grand succès populaire, peut-être à cause de sa vie mouvementée. Dans cette comédie truculente, il embrouille l’intrigue jusqu’à l’invraisemblance, s’en excusant lui-même dans l’adresse finale au public. Le mouvement intérieur de la pièce qui va du désordre social et moral le plus complet à l’ordre des choses est le signe de l’allégeance de l’écrivain au pouvoir sous couvert de comédie.

Une jeune fille de bonne famille (Anne-Clotilde Rampon) dûment chaperonnée par une mère intransigeante tombe amoureuse de son jeune voisin (Thomas Sliveres). Mais voilà, c’est le père (Jean-Philippe Puymartin) de celui-ci qui a jeté son dévolu sur la douce jeune fille. La petite, qui n’a pas froid au yeux à cette époque où l’on cloître les filles jusqu’à leur mariage, va tirer les ficelles en coulisse pour parvenir à ses fins, jusqu’à manipuler sa mère (Françoise Thuries) et prendre le risque de feindre d’épouser le père en lieu du fils. La situation se complique de multiples malentendus, sources de nombreux rebondissements. "Rebondissement" est bien le terme qui caractérise cette comédie espagnole typique où tout n’est que mouvement perpétuel, travestissements et quiproquos.

La mise en scène virevoltante et pleine d’humour de Justine Heynemann a habilement pallié les limites et les excès du texte pour en faire un spectacle réjouissant, d’une gaîté folle. Dans le cadre d’une scénographie minimaliste, elle engage les comédiens à l’exubérance du jeu. Tous sont excellents, entraînant le public dans la complicité d’un second degré de bon aloi où l’on joue les poncifs de la pose tragique, du drame de la jalousie, et du happy end, au gré des mélopées chantées par le bel hidalgo (Pablo Penamaria), prompt à charmer les belles et à tirer le couteau. Comme chez Molière, le valet (épatant Florian Choquart) est plus perspicace et plus ingénieux que son maître dont il décille les yeux à bon escient et lui sauve la mise. La jeune fille aux apparences soumises cache bien son jeu ; elle est effrontée, intelligente, rusée et transgresse la loi avec jubilation. Tout ça, sous des apparences de douceur, à l’image de sa sage robe blanc cassé en harmonie avec le costume gris de son amoureux, contrastant avec le rouge et noir dominants. Anne-Clotilde Rampon et Thomas Soliveres forment un jeune couple délicieux, elle, malicieuse et angélique, lui, frêle lutin bondissant. Un divertissement à voir en famille à partir de 10 ans.

La Discrète amoureuse de Lope de Vega, traduction Benjamin Penamaria, adaptation et mise en scène Justine Heynemann ; musique Pablo Penamaria ; lumières, Rémi Nicolas ; scénographie, Camille Duchemin ; costumes, Camille Aït Allouache. Avec Eléonore Arnaud, Florian Choquart, Pablo Penamaria, Jean-Philippe Puymartin, Anne-Clotilde Rampon, Thomas Soliveres, Françoise Thuries. Au Théâtre 13/Seine, jusqu’au 12 avril 2015, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30. Durée : 1h55. A partir de 10 ans. Rés : 01 45 88 62 22.

Photo Pauline Susini

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