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Critiques / Théâtre

L’Amant & Ashes to ashes de Pinter

par Gilles Costaz

Lumineuses énigmes

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Poursuivant un cycle d’un « théâtre de l’intime » inauguré avec Peggy Pickit voit la face de Dieu de Schimmelpfennig, Mitch Hooper offre un double regard sur Pinter, avec une pièce de ses débuts, L’Amant, et l’une de ses toutes dernières œuvres, Ashes to Ashes – les deux spectacles n’étant pas donnés dans un diptyque continu mais au cours de deux séances qui se succèdent. Fort savoureuse perversion d’une situation boulevardière par la mise en forme énigmatique de l’absurde, L’Amant place en miroir les vies respectives d’un mari et de son épouse. Au début de la journée, la femme dit au revoir à son époux pour mieux recevoir immédiatement son amant et ne s’en cache pas. Lui part travailler mais précise qu’il passera voir la fille vénale qui lui dispense un plaisir quasi quotidien. Mais ses affirmations reposent-elles sur un peu de vérité ? Quand la journée est terminée et que revient le mari, les doutes s’insinuent. Le couple ne vit-il pas dans une fiction destinée à améliorer leur libido ? Hooper construit là une mise en scène très anglaise, quasi immobile et mystérieuse, où Delphine Lalizout joue le personnage de l’épouse dans une tranquillité amusée et rêveuse et Olivier Foubert incarne l’amant dans une indifférence si policée qu’elle en devient suspecte. Tout est parfaitement pintérien, avec une froideur et un humour indécis qui évoluent sur une corde raide.
En matière d’énigme, Ashes to ashes - littéralement « de cendres à cendres » : la pièce avait créée en France sous ton titre anglais, mise en scène par Pinter lui-même au Rond-Point, puis récemment mis en scène à l’Œuvre par Gérard Desarthe sous le titre Dispersion – va encore plus loin. Un couple est de nouveau en scène mais les relations sont différentes. Lui appelle la femme « chérie », ce qui ne plaît pas à sa partenaire, mais on comprend bien que, débordant d’un cadre apparemment conjugal, l’homme fait subir une interrogatoire à la femme. Celle-ci retrouve quelques souvenirs : des caresses, mais aussi des tortures. N’est-ce pas une violence imposée par les nazis qui revient du fond de la mémoire ? A moins que ce soient toutes les violences faites aux femmes, oppression et viol, qui remontent à la surface, sans être totalement déterminées. La mise en scène d’Hooper sait trouver la sensualité et la férocité qui s’épaulent ou s’éloignent l’une de l’autre selon les moments. On a déjà vu cette pièce dans des versions élégantes, culturelles. Joué par Olivier Foubert et Delphine Lalizout dans une tension aux différents degrés, le mystère gagne en rigueur, en âpreté. C’est sans doute l’une des représentations de ce duo les plus exactes dans sa sauvagerie et sa douleur en expansion. Mitch Hooper et ses interprètes ont un sens diabolique de la lumière noire du grand Pinter.

L’Amant et Ashes to ashes d’Harold Pinter, mise en scène de Mitch Hooper, scénographie de Philippe Varache, musique et son d’Aurélien Martinet, lumière de Patrice Lecadre, avec Delphine Lalizout et Olivier Foubert.

Essaïon, L’Amant (20 h 30) et Ashes to Ashes (21 h 30), le mardi uniquement, tél. : 01 42 78 46 42. Relâcje le 27 décembre. Durée : 1 heure chaque pièce.

Photo Cama.

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