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Critiques / Opéra & Classique

Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini

par Caroline Alexander

Quand la musique est mise en scène : une gageure réussie par Laurent Pelly

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Le rideau se lève sur un panneau blanc strié de portées : une page de musique qui occupe l’espace, du sol aux cintres. Pas de notes. Pas encore. Ce singulier décor annonce le parti pris d’une singulière mise en scène. Ici ce ne sont pas les éléments de l’histoire qui sont représentés mais la matière dans laquelle elle a été pétrie.

Exit donc le balcon de la villa du vieux Bartolo, aucune trace ne subsiste du mobilier de son salon, aucun détail concret n’apparaît, à l’exception au deuxième acte d’un piano dont la blancheur se fond dans celle des papiers à musique. Sur les portées de la page de musique viennent alors se loger les notes de « La précaution inutile »

La matière première de ce Barbier de Séville est donc sa musique et c’est à Rossini, son compositeur que Laurent Pelly a voulu dédier sa mise en scène et ses décors. En noirs et blancs comme les touches d’un piano. Avec pour seuls accessoires une armée d’archets et de pupitres.

Ainsi, la musique devient le personnage principal ! Un tour de charme qui fonctionne à merveille sur le plateau du Théâtre des Champs Elysées où deux distributions se partagent les rôles en alternance sous la direction, entre mystère et swing, du maestro Jérémie Rohrer. Il y a celle de chanteurs rodés, reconnus (Florian Sempey, Michele Angelini, Catherine Trottmann…) et celle baptisée « Jeunes Talents » que nous avons voulu découvrir.

Laurent Pelly met au service de ces juvéniles interprètes son savoir-faire de directeur d’acteurs, il en fait des comédiens cocasses, malicieux, rapides et toujours justes. Et ce Barbier malin dont Rossini emprunta les ruses à Beaumarchais prend ici le tempo d’une farce joyeuse où chacun, jusqu’au dernier des choristes, affirme son caractère et où, au final, tout est bien qui finit bien.

La diction claire et le timbre aéré du baryton Pablo Ruiz rajeunit le vieux Bartolo qui rêve d’épouser sa toute jeune pupille. Cette Rosine coquine dont la mezzo-soprano Alix Le Saux fait une gamine rebelle aux aigus pointus d’adolescente, charmante, délicieuse. En Basilio de commedia dell’arte Guilhem Worms fait exploser ses graves de baryton basse, le ténor gallois Elgan Llyr Thomas fait d’Almaviva/Lindoro un aristo flegmatique au timbre à la douceur ensoleillée. Eléonore Pancrazi, en femme de chambre fouineuse largue des aigus moelleux et Louis de Lavignère se fait discret en Fiorello. Dans la distribution première, celle des confirmés ou supposés tels, ce rôle secondaire est joué/chanté par le jeune Guillaume Andrieux qui, pour cette version « Jeunes Talents » endosse avec panache le rôle-titre. Il en fait un Figaro à l’allure de voyou de banlieue aux bras rondement musclés et tatoués, au jeu facétieux de clown, à la diction précise et à la voix riche de couleurs et de contrastes. Une révélation.

A la tête de son ensemble Le Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rohrer dynamise la musique en tempi suractivés qui emporte Rossini dans un torrent rafraichissant. Les ombres cadencent la lumière en gaieté. Elles nous font sortir du Théâtre des Champs Elysées avec des envies de danser avenue de Montaigne sous les guirlandes de ses décorations de Noël. .

Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini, livret de Cesare Sterbini d’après Beaumarchais. Ensemble Le Cercle de l’Harmonie direction Jérémie Rohrer, chœur Unikanti, direction Gaël Darchen, mise en scène, scénographie et costumes Laurent Pelly, lumières Joël Adam. Avec (distribution « Jeunes Talents ») : Elgan Llyr Thomas, Guillaume Andrieux, Alix le Saux, Pablo Ruiz, Guilhem Worms, Eléonore Pancrazi, Louis de Lavignère, Stéphane Facco.

Théâtre des Champs Elysées : les 5, 8, 13, 16 décembre à 19h30, le 10 à 17h (première distribution) les 6, 11 & 14 décembre à 19h30 (distribution Jeunes Talents)

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

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