Festival d’Avignon 65e édition

Festival d'Avignon 65e édition

La 65e édition du festival d’Avignon, clôturée le 26 juillet 2011, s’est caractérisée par une présence marquée de la danse puisque l’artiste invité était le jeune chorégraphe Boris Charmatz.

Côté théâtre, la programmation d’Hortense Archambault et Vincent Baudrillier affirme des choix tournés vers des artistes qui entendent sortir des sentiers battus et y réussissent avec plus ou moins de bonheur. Ce qui est certain c’est qu’ils suscitent des débats salutaires, voire de vives polémiques, preuve que le théâtre est un lieu vivant de réflexion et de parti pris. Pour des raisons différentes, les spectacles d’Arthur Nauzyciel (Jan Karski (Mon nom est une fiction) d’après Yannick Haenel) de Frédéric Fisbach (Mademoiselle Julie de Strindberg), de Roberto Castellucci (Sur le concept du visage de Dieu), de Vincent Macaigne (Au moins j’aurai laissé un beau cadavre), ont divisé les critiques et le public. La réalisation impeccable et les acteurs magnifiques de Sang & Roses, Le Chant de Jeanne et Gilles par Guy Cassiers ont moins épaté le public que Rouge Décanté (2006) ou le premier volet de la trilogie du pouvoir, Mefisto for ever. Des femmes de Wajdi Mouawad, plutôt chahuté par la critique, a été souvent bien accueilli par un public qui n’avait pas vu la trilogie mythique du Sang des promesses. La présence de Bertand Cantat ayant provoqué un beau scandale, de Montréal à Avignon, le chanteur a dû renoncer à venir à Avignon et a enregistré sa partition musicale.

Reproche récurrent ou simple regret, le festival, résolument tourné vers la création et l’innovation, laisse une part congrue au pur théâtre d’acteurs représenté cette année essentiellement — et avec talent — par Patrick Pineau (Le suicidé de Nicolaï Erdman), François Berreur (Ebauche d’un portrait d’après le journal de Jean-Luc Lagarce, reprise dans le cadre des 40 ans de Théâtre ouvert), Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo (L’entêtement et la Paranoïa de Rafael Spregelburd).

Le festival d’Avignon, c’est aussi cet appétit de découvertes qui donne lieu à une riche palette de propositions destinées à nourrir les esprits et a susciter le dialogue et susceptible de satisfaire les plus boulimiques avec les rendez-vous habituels du festival : Théâtre d’idée au plus près des questions d’actualité où l’on a pu entendre les désormais célèbres et revigorants duettistes nonagénaires, Edgar Morin et Stéphane Hessel, les traditionnels sujets à vif proposés par la SACD, les rencontres avec les artistes, les Rencontres européennes, l’implication du cinéma Utopia, etc.

Le festival a rendu de beaux hommages à Philippe Avron (rencontres, évocation de ce merveilleux comédien, audition de son dernier spectacle retransmis sur France Culture) et à Jean-Louis Barrault à l’occasion de son centenaire avec la très belle proposition de Denis Guénoun, Artaud/Barrault (à voir à Paris, jusqu’au 28 août dans le cadre de l’exposition Les théâtres de Jean-Louis Barrault : un périple parisien, Pavillon de l’arsenal, 75004, www.pavillon-arsenal.com).

Dans le registre des hommages, une place particulière a justement été réservée à la célébration des 40 ans de Théâtre ouvert de Micheline et Lucien Attoun, né d’une rencontre avec Jean Vilar. Ces deux figures indispensables du paysage théâtral ont œuvré inlassablement à la découverte de nouveaux auteurs et à leur promotion sous les formes les plus diverses. Selon le principe d’origine, un metteur en scène et un auteur, et dans le lieu d’origine, la chapelle des Pénitents blancs, on a pu découvrir les textes de Sam Holcroft, de Philippe Löhle, Eric Pessan, Naomi Wallace, mis en espace respectivement par Jean-Pierre Vincent, Benoît Lambert, Frédéric Maragnini, Alain Françon. Ajoutons les quatre heures de Traversée de textes proposée par Stanislas Nordey en compagnie d’autres comédiens.

Avignon ne serait pas Avignon sans la présence de quelques vedettes ; outre Jeanne Moreau dans la Cour d’honneur, (Le Condamné à mort de Jean Genet) Juliette Binoche (Mademoiselle Julie), Patrice Chéreau (I am the wind de Jon Fosse), le festival a pu s’enorgueillir de la visite de Martine Aubry et François Hollande, chacun de leur côté, venus faire des promesses électorales alléchantes aux artistes.

Au cours du bilan de clôture, les directeurs se sont félicités d’une fréquentation en hausse (93% de taux de remplissage) par rapport à la précédente édition et ont annoncé la prochaine ouverture d’un lieu de création et de répétition. Le public présent, malgré quelques récriminations concernant les difficultés de location pour certains spectacles, n’a été que louange. On a évoqué les programmations à venir, 2012 avec Simon Mac Burney et 2013 avec Dieudonné Niangouna et Stanislas Nordey mais il n’a pas été question de la succession annoncée d’Olivier Py à la direction, ni du côté du public ni du côté de la direction.

Crédit photo CRDL

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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