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Critiques / Théâtre

Fausse Note de Didier Caron

par Gilles Costaz

La musique n’adoucit pas les moeurs

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Les artistes devraient se méfier des admirateurs demandeurs d’autographes. Les fans n’ont pas tous des intentions très pures. Fatigué d’une répétition qui ne s’est pas bien passée dans une salle genevoise, le chef d’orchestre H. P. Miller renverrait bien illico l’inconnu venu frapper à la porte de sa loge. Mais celui-ci, qui se présente comme un mélomane belge appelé Dinkel, insiste beaucoup. Il veut une signature, puis faire une photo. Il salue, sort, revient. Il se fait harcelant ; de passant furtif il devient un interrogateur encombrant. Il a des comptes à demander à Miller, non pas sur sa musique (ce chef est un maître, on le le demande, on l’attend à Berlin), mais sur son passé. Il est allemand, Miller, et, au temps des nazis, il a pu participer aux persécutions sans frein décidées par Hitler. Le bras de fer qui s’engage entre les deux hommes n’aura pas d’issue mortelle mais n’en sera pas moins une lutte à mort, sans pitié ni apitoiement, avec un vainqueur et un vaincu, un vengeur et un être en miettes. La musique, que ces deux hommes aiment passionnément, n’adoucit pas les mœurs !
Ce type d’affrontement est classique au théâtre et au cinéma, avec son principe du huis clos et ses rebondissements gradués. Didier Caron, auteur de beaucoup d’excellentes comédies sociales, affronte ce registre du face à face pour la première fois, et il y réussit tout à fait. Il le fait par moments avec des éléments convenus : coups de théâtre un peu attendus, menaces proférées revolver au poing... Caron ne réinvente pas le genre. Il ne s’appuie pas sur une histoire vraie. Il crée une pure fiction en utilisant l’un des moments les plus ambigus de notre Histoire (l’après-nazisme) et en développant l’un de ses thèmes personnels (les relations obscures entre un père et son fils). N’empêche que le fil est bien tendu et que la mise en scène que Caron effectué en duo avec Christophe Luthringer allie parfaitement l’économie des éléments – un cube de bois au centre, un encadrement de porte mobile – et le principe d’une progression sans temps mort. La distribution est de haut niveau : Christophe Malavoy, qui joue le visiteur, passe de la douceur à la cruauté, avec un remarquable sens des nuances ; Tom Novembre a une palette de jeu moins diverse, mais il a de l’énergie, du punch, de la roublardise et une présence physique formidable. Chacun, de l’auteur et des metteurs en scène aux comédiens, a le sens de la tension irrespirable des grands combats dans ce qui mériterait d’être l’un des succès de la rentrée.

Fausse Note de Didier Caron, mise en scène de Didier Caron et Christophe Luthringer, lumières de Florent Barnaud, décor de Marius Strasser, costumes de Christine Chauvey, son de Franck Gervais, avec Christophe Malavoy et Tom Novembre.

Théâtre Michel, 21 h, tél. : 01 42 65 35 02.

Photo DR.

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