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Critiques / Théâtre

Douze Hommes en colère de Reginald Rose

par Gilles Costaz

Une pièce inusable

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Le film de Sidney Lumet est célèbre, mais il date de 1957. La pièce qui l’a inspirée est, elle, de 1953. Cela pourrait avoir pris un coup de vieux. Mais non. Sans doute rafraîchi par la nouvelle adaptation de Francis Lombrail, le texte nous concerne toujours autant, malgré la distance que nous avons avec quelques détails d’époque et les principes de la justice américaine. Un jury d’assises – douze hommes, pas tous en colère – discute dans une salle isolée, une fois les plaidoiries terminées au tribunal. Ils ont à juger un jeune homme qui est accusé d’avoir tué son père. C’est un jeune du bas de l’échelle. Il n’apparaît pas dans la pièce mais tout indique que c’est un enfant de la rue qui n’a pas beaucoup de morale et sait jouer du couteau. Ce qui a été dit et montré au tribunal l’accable : des témoins l’ont quasiment vu en train de commettre son crime. Onze des jurés déclarent qu’il vont voter sa culpabilité. Mais un douzième juré n’est pas de cet avis et demande à ce que l’on rediscute. Ces témoignages sont-ils avérés ? Peut-on vraiment vraiment assister à un assassinat quand tant d’objets et de bruits gênent la vision et l’ouïe ? Et ce jeune suspect,perçu comme un voyou, pourquoi ne prend-on pas en compte ses allégations ? Peu à peu, le juré isolé trouble les certitudes du groupe où figurent les personnalités les plus opposées, du va-t-en-guerre sûr de lui au père de famille qui ne veut pas systématiquement la mort du pécheur. Le vote final pourrait prendre un sens opposé au jugement qui semblait acquis à la première minute.
Quelques effets, quelques harangues sont un peu démonstratifs, portent le sens trop sûr de l’efficacité d’un certain théâtre américain des années 50. Mais quelle pièce intelligente, généreuse, nécessaire ! Reginald Rose permet à chaque spectateur de mettre en question son confort intellectuel et d’aller au-delà de ses pensées routinières. Dans un décor étonnant de Vincent Tordjman – une immense banquette, comme creusée dans le sol, où les acteurs sont assis mais d’où ils peuvent se lever pour aller parler avec l’un ou l’autre à l’avant-scène : finie, la traditionnelle salle d’assises ! -, Charles Tordjman a conçu une mise en scène attachée, millimètre par millimètre, aux variations psychiques des personnages. Bruno Wolkowitch joue le rôle central du juré qui ne pense pas comme les autres : il est tout en finesse et donne au combat de son personnage une sorte d’acharnement délicat. Tous ses partenaires, qu’il faudrait citer sans exclusive, sont, eux aussi, d’une rare évidence. On remarquera que Francis Lombrail, auteur de l’adaptation et directeur du théâtre Hébertot, a été distribué dans l’un des rares rôles antipathiques ; il l’assure avec une belle adresse. Douze Hommes en colère est une pièce inusable, qu’on a déjà vue fort bien défendue, mais la qualité de ce spectacle n’est pas banale. Il réunit, sans souci de star-sytème, un aréopage d’acteurs talentueux en un magnifique plan large et une temporalité parfaitement compressée.

Douze Hommes en colère de Reginald Rose, adaptation française de Francis Lombrail, mise en scène de Charles Tordjman, décor de Vincent Tordjman, lumières de Christian Pinaud, costumes de Cidalia Da Costa,
musique de Vicnet, assistante mise en scène : Pauline Masson, avec Jeoffrey Bourdenet – Antoine Courtray – Philippe Crubezy
Olivier Cruveiller – Adel Djemaï – Christian Drillaud - 
Claude Guedj – Roch Leibovici – Pierre Alain Leleu -
Francis Lombrail – Pascal Ternisien – Bruno Wolkowitch.

Théâtre Hébertot, 19 h, tél. : 01 43 87 23 23, jusqu’au 31 décembre. (Durée : 1 h 20).

Photo Laurencine Lot.

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