Accueil > Don Pasquale de Gaetano Donizetti

Critiques / Opéra & Classique

Don Pasquale de Gaetano Donizetti

par Caroline Alexander

Sur les routes de l’illusionniste

Partager l'article :

Les déboires de barbons décidés à retrouver la vigueur de leurs jeunes années en épousant des boutures à peine pubères sont le sel et l’âme de comédies classique depuis la commedia dell’arte à Molière et bien au-delà. Donizetti (1797-1948), prince du bel canto, le musicien de Bergame qui composait plus vite que son ombre, s’est laissé tenter, en fin de carrière, par le sujet. En le nimbant, au-delà de l’allégresse d’une musique qui pétille comme du champagne, d’un étrange mélange de romantisme et de cynisme. On y rêve, on y valse, virevolte en virtuose.

Le riche septuagénaire Don Pasquale, qui chante si fièrement son grand âge, destine à son neveu Ernesto le beau parti d’une riche veuve, mais Ernesto n’en veut pas, il aime Norina et personne d’autre, quitte à se trouver déshérité de la fortune de son vieux tonton. Intervient Malatesta, médecin de son état, qui fera croire à Pasquale qu’il lui a trouvé l’épouse idéale… qui n’est autre que la dite Norina se faisant passer pour la sœur du toubib. Une cascade d’imbroglios méchamment ficelés et de vacheries peu amènes conduira le vieillard à plus de raison et tout se terminera dans le meilleur des mondes d’amour et de confort.

Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie Française aux multiples casquettes et talents, avait signé une première mise en scène lyrique à l’Opéra Comique avec un Fortunio d’André Messager au charme sage et bien rangé (voir WT du 15 décembre 2009). Epaulé par la même équipe – Eric Ruf, autre sociétaire aux dons diversifiés, auteur de la scénographie et Christian Lacroix pour les costumes, il pousse plus loin l’audace d’une transposition qui ne dit pas immédiatement son nom.

Guirlandes lumineuses et jeu de mots à l’italienne

Le domaine cossu de Don Pasquale est métamorphosé en roulotte, ou plus exactement en camionnette Citroën aménagée en mobil home. Le vieil homme est un forain sur le retour qui installe ses accessoires au hasard des routes ou terrains vagues. En guirlandes lumineuses les lettres de « Don Pasquale » se mêlent à celles du mot « Illuminazione » Ce n’est pas très lisible mais on finit par deviner qu’il s’agit d’un jeu de mot à l’italienne entre l’illuminé et l’illusionniste.

Pour entrer dans ce transfert de mode de vie, il faudrait un mode d’emploi. L’écran géant du fond de scène qui reste nu ne suffit pas pour situer d’emblée le coup de chapeau à Fellini que Podalydès et ses copains ont voulu formuler dans cette version revue et corrigée par Donizetti d’une Strada d’un autre monde.

Mais si l’on peut rester dans le flou des intentions scéniques, les personnages en revanche prennent vie dans l’exacte respiration des originaux. Malatesta, cornu à force de faire le diable – ou à préfigurer le cocuage qui menace Pasquale – est exactement le manipulateur sans vergogne, Norina une coquette rusée prête à tout, Ernesto un jeune niais dépassé par ce qui se trame autour de lui. Mais c’est sur Pasquale lui-même que se concentre toute l’empathie que Donizetti devait avoir pour ce vieux fou, aussi grotesque que pathétique.

Alessandro Corbelli ou l’art d’émouvoir dans le rire

Une ambivalence que rend à merveille Alessandro Corbelli, l’un des meilleurs barytons bouffe d’aujourd’hui, qui, dans ce même Théâtre des Champs Elysées, nous avait ébloui et ému en Falstaff (voir WT du 23 juin 2008). Aussi agile comédien que chanteur, il possède l’art et la manière d’émouvoir sur le rire. Désirée Rancatore s’amuse sans doute un peu trop à lancer des aigus presque stridents dans les cimes et les cintres, mais elle campe avec brio une insupportable Norina, Gabriele Vivani se glisse avec délectation dans la peau de Malatesta, Ernesto fait découvrir le timbre clair, un rien métallique, la projection et la conviction du jeune ténor Francesco Demuro, nouveau venu dans le clan des charmeurs et jeunes premiers lyriques.

Ils sont italiens et leur parler en parfaite justesse avec la langue ajoute au plaisir de les entendre.

Les chœurs de Radio France interviennent avec à propos, vivacité et humour. Le chef espagnol Enrique Mazzola nous avait habitués à une direction autrement plus engagée que celle qu’il prodigue ici à la tête d’un Orchestre National de France soudain devenu terne.

Don Pasquale de Gaetano Donizetti, livret du compositeur et de Giovanni Ruffini. Orchestre National de France, direction Enrique Mazzola, chœur de Radio France, chef de chœur Nathalie Steinberg, mise en scène Denis Podalydès, scénographie Eric Ruf, costumes Christian Lacroix, lumières Stéphanie Daniel. Avec Alessandro Corbelli (en alternance avec Lorenzo Regazzo les 21 & 23 février), Désirée Rancatore, Gabriele Viviani, Francesco Demuro, Richard Tronc.

Théâtre des Champs Elysées, les 13, 15, 17, 21, 23 février à 19h30, le 19 à 17h.

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Photos Vincent Pontet

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.