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Artistes et public dans la rue, philosophie d’un festival qui s’affirme

par Sifa Longomba

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Aujourd’hui Aurillac s’inscrit dans le paysage culturel tant sur le plan national qu’international, comme l’une des références en matière d’arts de rue. Comment expliquer l’évolution du festival depuis sa création ?

Je pense que c’est un phénomène lié à l’époque dans laquelle il s’est développé. Au début des années 80, il y a eu une évaluation claire de ce que l’on appelait le théâtre de rue, avec des artistes qui ont investi la rue de manière beaucoup plus radicale, plus organisée pour y jouer. Le festival d’Aurillac a été crée sur cette énergie en identifiant un courant artistique très clair : des artistes qui souhaitaient s’exprimer dans l’espace public. La création du festival en 1986, a donc été une manière d’affirmer l’existence de ce mouvement, mouvement européen et de qualité. C’est un nouveau phénomène du spectacle vivant et depuis 86 le festival a d’ores et déjà accueilli un nombre important de compagnies qui ont opté pour ce type de relation au public et à la ville. Par la suite, le festival d’Aurillac est devenu une référence européenne et internationale. Il est précurseur en termes de liberté d’expression dans l’espace public. Il n’y a pas de sélection mais une programmation officielle et des « compagnies de passage ». Aurillac est finalement incontournable pour les compagnies de rue. À l’époque, la fin août avait été choisie car il n’y avait pas d’autres festivals à la même période. Ce fut un succès et nous sommes sur une période qui n’est pas concurrencée au niveau français. C’est un festival d’artistes et non pas un festival d’événements. Les artistes ont fait du festival d’Aurillac un territoire familial.

Parlez-moi du processus de sélection des compagnies officielles. Quel est le rôle des compagnies de passage dans la dynamique du festival ?

L’aventure trouve son équilibre. Au fil des ans, il y a toujours eu une programmation artistique déterminée par les directeurs artistiques notamment son fondateur Michel Crespin et par moi-même. Nous tentons de sélectionner des artistes dans une logique de création originale. L’enjeu étant de mettre en avant les artistes ayant un discours pertinent sur la forme et sur le fond. En parallèle de cette programmation officielle - tout à fait subjective - s’est développé non pas « le festival Off », mais le « rendez-vous des compagnies de passage ». Le festival est devenu un symbole de libre expression qui attire chaque année un nombre croissant d’artistes. La ville est ouverte aux arts de la rue et cet équilibre est magique. Le public est suffisamment nombreux pour que toutes les compagnies présentent leurs spectacles et/ou tentent des créations. « Le festival a fait des petits partout à commencer par Chalon sur Saône. Aujourd’hui on peut voir du théâtre de rue à Sotteville-lès-Rouen, Châlon en champagne, Brest, Morlaix, Lyon, Marseille, Saint Gaudens, Angers… Le développement s’est produit spontanément autour de cet art et j’avoue qu’il nous dépasse un peu ». Je pense malgré tout qu’Aurillac est devenue une référence, car le festival demeure LA place ouverte au théâtre de rue pour les compagnies professionnelles et amateurs.

Qu’en est-il de la diversité des domaines artistiques représentés ?

A travers la programmation officielle, nous tentons de refléter ce qui se fait à l’heure actuelle, autant sur le fond que sur la forme. C’est la raison pour laquelle lorsque l’on parle de théâtre de rue, on évoque cette dynamique d’observation du spectacle vivant qui relève d’une conception différente. Ce n’est bien entendu pas une condamnation de ce qui se passe en salle, mais c’est une manière de prouver que c’est également possible de faire autrement. Faire du théâtre ou danser dans la rue, proposer des œuvres audiovisuelles, c’est tout à fait possible. Et le public semble apprécier cette initiative. Par ailleurs, les générations du théâtre de rue se succèdent depuis plus de 30 ans. Il y a une génération historique composée de compagnies telles que Royal de luxe, Générik vapeur, Kumulus, Les piétons et l’on retrouve ces trois dernières dans la programmation de cette année. Mais il y aussi d’autres compagnies comme Ilimitrof’compagny ou Opéra pagaille qui incarnent la relève de notre secteur.

Le public du festival d’Aurillac se compose aussi bien de jeunes, de familles, d’étrangers. Pensez-vous que cette popularité est liée à la relative jeunesse de ces arts ?

On remarque une nette évolution des tranches d’âge du public depuis une vingtaine d’années. En 86, le public était tout à fait restreint, je dirai « post-soixantuitard local » donc pas si jeune. Vingt ans plus tard, la moyenne d’âge est descendue de 40 à 25 ans. Le festival est aujourd’hui adopté par les jeunes. Accessible, festif, diversifié, il présente un côté tout à fait libertaire aussi bien pour le spectateur que pour l’acteur.

Le prix ne constitue plus une barrière ?

Il y a tout de même des limites. L’organisation du festival est soutenue par les pouvoirs publics et les spectacles de la programmation officielle sont payants. Toutefois, un certain nombre de compagnies de passage incitent fortement le public à les soutenir. Je pense qu’il y a quelque chose de magique à Aurillac car le festival n’a lieu qu’une fois par an. Des familles reviennent chaque année, des artistes aussi. Cependant, le déplacement de ces derniers et la vie sur place ont un coût. Alors la participation financière du public leur permet de continuer à exister.

Quel est l’avenir des arts de rue en France ?

A la suite de la création du festival d’Aurillac, certaines villes ont suivi la tendance. Le phénomène était sous-jacent et les initiatives ont été prises dans les années qui ont suivi car elles étaient prêtes à éclore. L’engouement du public est pour ainsi dire croissant, mais rappelons que la machine reste fragile. Nous sommes tributaires des redistributions budgétaires, or la progression économique n’est pas si flagrante. Les principaux partenaires du festival sont au nombre de 5. Les partenaires privés sont quasi inexistants, mis à part le Crédit Agricole qui nous aide de façon spectaculaire. Je remercie évidemment toutes les entités qui nous soutiennent. Malheureusement, j’admets que cela ne représente pas les 200 à 300 000€ nécessaires pour que le festival reprenne une dynamique plus spectaculaire. En même temps, cela ne me dérange pas. Nous ne sommes pas là pour faire de l’événementiel, nous assurons une mission beaucoup plus proche des artistes, de la vie des compagnies et nous ne nous soucions pas de l’aspect médiatique.

D’après vous le festival d’Aurillac est-il suffisamment relayé par les médias, la presse ?

Le festival a été créé par l’association Eclat qui dynamise l’aventure depuis ses débuts. Je parlerai de mission artistique et non pas de mission touristique ou économique. Cette année, tous les grands quotidiens vont parler d’Aurillac et les chaînes de télévision nationales vont être présentes. Les quotidiens et la presse nationale vont s’intéresser au festival, mais les journalistes ne rédigeront pas des articles quotidiennement comme cela peut se faire en Avignon. Il faudra sans doute que le festival soit plus étalé dans le temps, qu’il ait 30 ans d’existence, ou qu’il ait lieu plus tôt dans l’année pour que l’on arrive à cela.

Le parapluie a ouvert ses portes en 2004, quels en sont les résultats et perspectives d’évolution ?

Le parapluie est très bon outil de travail technique, validée par les compagnies qui sont venues depuis 3 ans. C’est une vraie machine à créer et nous mettons en œuvre ce qu’il faut pour que les artistes apprécient d’y travailler. Notre engagement est donc maximal au point de vue de l’accueil. Chaque résidence est une co-production, un rendez-vous avec le public, ce qui n’était pas le cas auparavant. Régulièrement d’octobre à juillet, les aurillacois et les cantaliens peuvent assister aux représentations des spectacles finis et rencontrer les artistes. Nous avons milité pendant presque 20 ans pour le soutien et l’aide à la création dans le domaine des arts de la rue, donc c’est un travail qui nous paraît évident. Pour ma part, je ne fais pas ce métier pour obtenir des résultats, mais parce que je suis convaincu que l’art, le spectacle vivant et les artistes sont indispensables pour avancer dans ce monde. Ils amènent de la poésie, une façon différente de voir la vie.

Quelles sont vos attentes pour cette année et vos ambitions pour les prochaines éditions ?

J’espère que le public passe un bon moment et que les artistes s’y retrouvent dans cette grande fournaise du festival. « Quatre jours d’hystérie » où chacun tente de rencontrer des producteurs, de vendre son spectacle. Pour les artistes de la programmation officielle, c’est une sorte de consécration, mais risquée. Maintenant, ce que nous espérons, c’est que l’aventure se poursuive, malgré la récession institutionnelle qui s’opère actuellement. Cette situation est liée au manque d’argent et au manque d’intérêt pour « certains domaines ». Le festival d’Aurillac s’inscrit dans un phénomène de création, de tentative et nous ne sommes pas des commerçants. On nous oriente de plus en plus vers les partenaires privés qui ont du mal à venir vers nous. « Le festival n’est pas une machine très chic. Or cette dimension populaire n’est pas toujours plébiscitée par les partenaires privés qui souhaitent plutôt que ça brille et que tout soit tranquille. Ici ce n’est pas tranquille, Aurillac c’est une véritable petite bombe sociale, culturelle, artistique ».

Crédit photos : Compagnie Les Alama’s Givrés © Vincent Muteau, Compagnie Warner & Consorten © Vincent Muteau,
Compagnie Kumulus © Adboul Aziz Soumaïla

Festival d’Aurillac, 22ème édition du 22 au 25 août 2007
www.aurillac.net

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