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Zohar ou la carte mémoire de Laurent Gutmann

par Corinne Denailles

la mémoire et l’oubli

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Laurent Gutmann aborde le théâtre pour enfants sur le même pied que le théâtre pour adultes avec un brin de fantaisie, de poésie, d’humour. Il emprunte des chemins de traverse, enveloppe les textes mis en scène d’un halo surréel chargé de significations impalpables et pourtant très clairement exprimées par des voies buissonnières. On avait pu voir en 2014 une version très inattendue et réjouissante du Prince de Machiavel. Avec Zohar ou la carte mémoire, Laurent Gutmann a écrit et mis en scène un spectacle qu’il veut "pour adultes à partir de 7 ans".

Il aborde ici la question complexe du deuil, de la mémoire et de l’oubli à travers une fable racontée par une jeune fille qui se souvient de son enfance et du chagrin qu’elle croyait éternel à la mort brutale de son père. Celui-ci lui manque tant qu’elle ne cesse d’évoquer ses manies et habitudes avec d’incessants "tu te souviens maman, papa ceci, papa cela" pour le garder vivant dans son coeur, comme sa maman le lui a expliqué ; elle invente une "carte mémoire" qui contient en miniature l’univers de son père. Mais voilà qu’un homme surgit, représentant en produits nettoyants, qui séduit la mère, au désespoir de la fille, et la convainc de venir vivre chez lui. La mère et la fille quittent leur intérieur coloré qui porte les empreintes fondamentales de l’enfance, de la vie de famille, socles de la personnalité, pour l’espace vide et immaculé du vendeur, double métaphore de l’oubli, l’homme et sa maison. La scénographie de Pierre Heydorff contribue intelligemment au sens du propos. La fille est tiraillée entre le devoir de mémoire qui lui enjoint de maintenir vivant le passé et l’appel de l’avenir, les deux également nécessaires. Par quelques passes magiques, elles retourneront dans leur foyer et échapperont au vilain bonhomme, magicien de l’oubli. Peu à peu la vie reprend le dessus, la jeune fille désobéit aux injonctions de son fantôme de père qui lui apparaît de moins en moins comme il n’avait prédit ; elle quittera le foyer pour un amoureux venu d’ailleurs et sa mère se réjouit de voir l’oiseau s’envoler joyeusement du nid. Rien de mièvre, au contraire, dans ce spectacle délicat et plein d’humour. Les personnages emperruqués de la mère, du vendeur, du père et de son fantôme sont traités sur un mode discrètement burlesque et contrastent avec l’apparent réalisme du personnage de la jeune fille. Les comédiens (Fabien-Aïssa Busetta, Elsa Bouchain, Laureline Le Bris-Cep) sont épatants, au diapason de cette réflexion presque enjouée sur la mort qui enchante et donne à réfléchir sur la manière d’aborder le sujet avec les enfants.

Zohar ou la carte mémoire, texte et mise en scène Laurent Gutmann ; Scénographie Pierre Heydorff ; son Madame Miniature ; lumières Gilles Gentner ; costumes Axel Aust ; maquillages et perruques Catherine Saint Sever. Avec Fabien-Aïssa Busetta, Elsa Bouchain, Laureline Le Bris-Cep). Au théâtre Paris-Villette jusqu’au 1er novembre 2015 ; Mercredis 14, 21 et 28 octobre à 14h30 | Jeudis 22 et 29 octobre à 14h30 |
Vendredis 16, 23 et 30 octobre à 19h | Dimanches 18, 25 octobre et 1er novembre à 16h. Spectacle tout public à partir de 7 ans. Durée : 1h. Réservations : 01 40 03 72 23 ou resa theatre-paris-villette.fr

© Pierre Grosbois

Tournée
Saint-Brieuc - La Passerelle, Scène nationale, les 26 et 27 janvier - 02 96 68 18 40
Kingersheim - Festival Momix, le 7 février - 03 89 57 30 57
Foix - L’Estive, Scène nationale de Foix et de l’Ariège, les 10 et 11 février - 05 61 05 05 55

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