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Critiques / Jeune Public / Théâtre

Vols en piqué dans la salle

par Corinne Denailles

Hommage à Karl Valentin

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Brecht admirait l’acteur Karl Valentin qu’il aurait voulu mettre en scène. Mais Valentin préférait jouer les sketches qu’il écrivait pour ses spectacles de cabaret très populaires. Sylvie Orcier met l’acteur munichois à l’honneur dans ce spectacle qui est une sorte d’évocation rêvée du cabaret de Valentin, avec pianiste et instruments de fanfare dans une esthétique qui regarde du côté de l’expressionnisme allemand version dessin animé. Sa mise en scène ne verse pas dans la fantaisie débridée et joviale mais explore toute la loufoquerie des situations. On y rencontre un cinglé de l’aéroplane prêt à faire décoller son engin dans la salle, des jeunes mariés sommés de répondre à un questionnaire pour évaluer leur QI ; tout idiot sera fusillé, mais le fusil a perdu son chien et le policier en imper mastic et mollets à l’air se fait péter le nez en coulisses en remontant la pétoire de la guerre de 14. On rit beaucoup au sketch de la sortie au théâtre qui génère les situations les plus extravagantes, sans parler du dialogue sur la guerre et le capitalisme entre un père et son fils.

Valentin était un virtuose du non sens entre Ionesco et Raymond Devos. Le spectacle joue cette note jusque dans le registre onirique dont le sommet est la scène du relieur qui veut avertir l’entreprise que le travail est prêt pour la livraison. On le suppose au téléphone, baladé de poste en poste, de la comptabilité à l’administration en passant par le bureau de l’ingénieur. Peu à peu la scène vire au cauchemar, voix déformées, lumières inquiétantes. C’est impeccablement réussi. Dans une ambiance générale déjantée où l’absurde révèle la cacophonie du monde et la fragilité des hommes, les clowneries amusent tout en jetant un voile de mélancolie, à l’ombre tutélaire de Charlot qui fait une apparition fugitive. Patrick Pineau, clown blanc irrésistiblement drôle, contribue grandement à imprimer au spectacle son tempo, entre la vivacité de l’allegretto et la mélancolie de l’adagio.

Vols en piqué dans la salle, de Karl Valentin, Mise en scène
Sylvie Orcier, compagnie Pipo-Patrick Pineau. Scénographie, Sylvie Orcier. Musique originale, Nicolas Daussy. Costumes,Charlotte Merlin. Avec Jean-philippe bellevin, Nicolas bonnefoy, Nicolas Daussy, Florent fouquet, Nicolas Gerbaud, Charlotte Merlin, Sylvie Orcier, Patrick Pineau, Léon Renaud.

Au théâtre Firmin Gémier jusqu’au 20 mars, mardi, mercredi, vendredi samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 17h. tel : 01 41 87 20 84.
Tout public à partir de 10 ans. Durée : 1h20.
www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

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