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Critiques / Théâtre

Vie privée de Philip Barry

par Gilles Costaz

Marivaudage à l’américaine

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Le titre original Philadelphia Story est familier à bien des mémoires. C’est le titre d’un film célèbre de George Cukor, derrière lequel il y a une pièce de Philip Barry restée inédite en France. Pierre Laville l’a adaptée et mise en scène par goût d’un bonheur perdu, par passion d’un sens de la comédie disparu des sociétés modernes. En effet, cette joie de vivre dans un monde plus sucré qu’angoissé, nous ne la trouvons plus dans le répertoire d’aujourd’hui. Autant aller dans l’Amérique de 1939, alors peu sensible aux menaces de guerre mondiale, et s’intéresser à l’humanité qui s’agite dans une bien belle maison de Philadelphie. Là, par la grâce d’un auteur sachant marivauder à l’américaine, une jeune et riche femme divorcée prépare son nouveau mariage. Seulement, la belle Tracy ne voit pas venir les obstacles. Ce sont d’abord deux journalistes de Vanity Fair qui, sous couvert de faire un reportage à caractère mondain, cherchent en réalité des informations scandaleuses. C’est ensuite le premier mari qui, plein de regrets, aimerait bien reconquérir sa femme le jour même où elle doit se laisser glisser au doigt un autre anneau. La vie dans la somptueuse demeure tire à hue et à dia sous la pression des uns et des autres jusqu’à ce que la marche nuptiale soit jouée au bénéfice d’une mariée connue et d’un marié qui ne figurait pas sur les faire-part.
Le spectacle de Pierre Laville mise sur l’idée d’un paradis perdu, sans ignorer que cet éden est celui d’une société favorisée pour lequel les loisirs et la futilité sont des péchés véniels et délicieux. Tout ce joli monde paraît en sucre glace mais, sous la joliesse, l’auteur sait dire des choses profondes, montrer combien l’amour échappe aux phénomènes de classe et combien la littérature – incarnée par le personnage du journaliste qui est aussi écrivain – est une chose importante face aux stéréotypes du groupe social.
Anne Brochet est la reine, le phare de cette soirée grâce à sa façon d’endosser le rayonnement de cette époque inconsciente et de nourrir de lucidité ce personnage séduit par sa propre séduction. Julien Boisselier déploie une vive malice dans le rôle du journaliste. Leurs partenaires, Nathalie Boutefeu, Yves Gasc, Claire Vernet, savent être vrais et pittoresques. On sera plus réservés pour Samuel Jouy (le fiancé) et François Vincentelli (le mari) qui, les premiers soirs, ne faisaient pas éclater les stéréotypes de leurs personnages de mâles charmeurs. Cette Vie privée, c’est la vie dont nous sommes privés. Si on a la nostalgie de cette légèreté d’avant-guerre, la nouvelle production du théâtre Antoine propose un saut dans le temps qui, en couleur, a la saveur du noir et blanc.


Vie privée
de Philip Barry, adaptation et mise en scène de Pierre Laville d’après Philadelphia Story, décors de Thierry Flamand, costumes d’Emmanuel Peduzzi, lumières de Laurent Béal, musique de Hervé Devolder, avec Anne Brochet, Julien Boisselier, François Vincentelli, Samuel Jouy, Claire Vernet, Yves Gasc, Nathalie Boutefeu, Yves Beneyton, Alexandra Lentil, Laurent Meda. Théâtre Antoine, tél. : 01 42 08 77 71. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (2 h plus entracte).

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