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Critiques / Théâtre

Vertiges de Nasser Djemaï

par Jean Chollet

Plongée révélatrice au cœur d’une famille

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Lors de sa création précédente, Invisibles”(2014), Nasser Djemaï, engageait une réflexion, issue d’enquêtes, recherches et témoignages, sur la condition des vieux émigrés méditerranéens ( les Chibanis, aujourd’hui oubliés) venus en France pour contribuer, après la Seconde Guerre mondiale, à sa reconstruction économique et à sa croissance. Sa nouvelle pièce se situe dans une forme de prolongement de cette exploration au cœur de la vie d’une famille. Nadir (Zakariya Gouram) la quarantaine, ayant gravi les échelons d’une ascension sociale, rend visite à son père (Lounès Tazaïrt) septuagénaire gravement atteint par une maladie pulmonaire. Il retrouve auprès de lui, sa mère (Fatima Albout), son jeune frère Hakim (Issam Rachyq –Abrad) et sa sœur cadette Mina (Clémence Azincourt).
A partir de ces retrouvailles dans un logement de banlieue, se tisse un portrait de deux générations ayant perdu, à des degrés divers, leurs repères et une part identitaire avec leurs origines. Sauf le père, très attaché à sa terre natale rêvant d’un retour “ là-bas ”, dans sa maison où il planterait des arbres pour ses enfants, en compagnie de sa femme qui n’en demande pas tant, épuisée par sa vie d’épouse régie par la religion musulmane. Nadir, bien intégré dans la société française entend bien poursuivre son chemin dans ce contexte, quant aux plus jeunes ils traversent des inquiétudes pour leur avenir, au regard de leurs désirs, aspirations et rêves, comme beaucoup de leurs congénères.

La grande force de la pièce de Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène, tient en premier lieu dans son éloignement des clichés qui accompagnent trop souvent (de quelques bords qu’ils viennent) les regards portés sur une condition sociale complexe souvent aléatoire. Il aborde avec sensibilité et humour les nuances du vécu porté par ses personnages, sans didactisme ni démagogie, suscitant, à travers le temps qui passe, les regrets, les espoirs et les fantasmes accompagnés d’une voisine fantomatique (Martine Harmel), une réflexion et une ouverture en mesure d’éviter maintes incompréhensions, dans un futur espéré plus humain. En attendant, ce qui réunit chacun des membres de cette famille, malgré leurs différences, c’est l’amour qu’ils se portent, quelques soient les épreuves rencontrées, pour poursuivre leurs routes. Une réalisation intelligente et pénétrante, entre rire et émotion, bien interprétée par l’ensemble des comédiens, dans un découpage rythmé et cohérent qui évite trop de surcharges réalistes, au cœur d’ un dispositif scénique mobile, astucieux et évocateur (Alice Duchange), animé par des projections vidéos cadrées significatives. Après sa création à la MC2 de Grenoble, en janvier, le spectacle a trouvé, en inauguration de la petite salle du CDN du Val de Marne (Le Lanterneau) à La Manufacture des Œillets d’Ivry - sur – Seine, un espace de proximité qui conforte sa relation avec le public.

Vertiges , texte (Editions Actes Sud Papiers) et mise en scène Nasser Djemaï, avec Fatima Albout, Clémence Azincourt, Zakariya Gouram, Martine Harmel, Lounès Tazaïrt, Issam Rachyq-Ahrad, scénographie Alice Duchange, costumes Benjamin Moreau, lumière Renaud Lagier, son Frédéric Minière, création vidéo Claire Royaegnan. Durée : 1 heure 50.

Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val de Marne jusqu’au 12 mars 2017, en tournée du 18 mars au 6 mai 2017, à Belfort, Vesoul, Dunkerque, Cavaillon, Lyon, Cébazat, Martigues, Juvisy-sur-Orge.

Photo Jean-Louis Fernandez.

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