Du 2 juin. au 15 juin 2025 au Théâtre de la Ville - Les Abbesses.

Valentina de Caroline Guiela Nguyen.

Une petite fille d’origine étrangère est acculée au mensonge pour protéger sa propre mère.

Valentina de Caroline Guiela Nguyen.

A travers Valentina ou la Vérité - éditions Actes Sud, Caroline Guiela Nguyen, directrice du Théâtre National de Strasbourg depuis 2023, explore avec constance et singularité le lien existentiel avec le secret, l’affabulation et l’altérité. Le langage, les langages, comme la clé de voûte d’une réflexion esthétique.

Pour l’auteure et metteuse en scène, s’est posée d’abord la question de l’interprète dans sa proximité avec le théâtre qui traduit la parole de l’autre. Après avoir rencontré l’association Migration Santé Alsace et des interprètes - géorgien, albanais, afghan, turc, arabe, vietnamien, russe…-, elle prend connaissance des situations où ceux-ci ont été obligés d’annoncer une mauvaise nouvelle : refus du droit d’asile, obligation de quitter le territoire, maladie incurable…

Dans Valentina ou la Vérité, une jeune enfant prend le rôle contraint d’interprète entre sa mère, roumaine, et le corps médical français, qui lui annonce que son coeur est atteint d’une grave maladie. La petite fille, arrachée à l’optimisme candide de l’enfance, s’enferme dès lors dans le cercle irrémédiable du mensonge, pour se prémunir des invectives du système scolaire autant que pour préserver sa mère de la violence de la réalité : celle-ci lui a dit que ce secret était le leur et qu’il ne fallait le divulguer.

Secret trop lourd pour une fillette en devenir dont le rôle maternel et protecteur lui échoit en pleine face - rôle inversé de qui protège et de qui doit être protégé - un boomerang violent qui la désagrège et l’entame elle-même.

Le texte est hybride entre récit et dialogue, rêve et conte noir. Animée par l’espoir secret que le mensonge peut transformer le réel, Valentina s’aventure dans la ronde irrémédiable de l’affabulation. (Quatrième de couverture)

Ici, le conte pour enfants est aux couleurs flashy et fluo, paillettes et pastel, comme les aime la conceptrice, sous les violons langoureux de deux musiciens et interprètes roumains En majesté, sur le plateau et en toute simplicité, sous une cloche de verre, un cadre symbolique veille comme un art de vivre, de jouer et de faire de la musique ensemble, avec la Reine de la nuit non loin. Un petit autel sacré sur la scène où les couleurs familières roumaines - pétales rouge et fleurs désigneraient par métaphore un cadre autre sur le lointain où trône un coeur en majesté - leçon d’anatomie - dont les guirlandes colorées et fleuries tracent de maudites plaies irréversibles.

D’un côté, les institutions - hôpital et école - avec ses référents - médecin et directrice d’établissement scolaire qu’assume en alternance la détermination de Chloé Catrin, rôle apparemment fermé qui ne signale nulle empathie avec les problèmes sociaux posés, quoique, si on observe bien, médecin et enseignante accomplissent leur mission, autant que faire se peut… Pour faire l’intermédiaire interprète et traducteur, se tient le cuisinier scolaire roumain.

Tous sont à l’écoute de l’enfant qui s’emmure dans le silence et l’énigme à travers une relation maternelle forte : la mère et la fille sont merveilleusement unies dans un monde hostile qui ne fait que les isoler peu à peu, la petite fille étant la vraie victime quand les parents, sans le vouloir, se font oppresseurs.

Avec un peu de l’imaginaire de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, le suspens et l’urgence s’invitent sur la scène du mélodrame, et sont dispensées des émotions en cascade en un temps record, ce qui convient au conte pour enfants, moins au théâtre qui ploie sous trop d’affects et d’émois.

Or, miracle, la petite fille est sauvée et sa mère aussi,

Véronique Hotte

Valentina, texte et mise en scène Caroline Guiela Nguyen, 
assistanat à la mise en scène Amélie Enon et Iris Baldoureaux-Fredon, dramaturgie Juliette Alexandre, scénographie Alice Duchange, vidéo Jérémie Scheidler, lumières Mathilde Chamoux, son Quentin Dumay, 
musique Teddy Gauliat-Pitois, maquillage Emilie Vuez. En français et roumain. A partir de 12 ans. Avec Chloé Catrin, Loredana Iancu, Marius Stoian, Paul Guta et en alternance Angelina Iancu, Cara Parvu. Valentina ou la vérité, Le conte de Caroline Guiela Nguyen est publié depuis avril 2025 aux éditions Actes-Sud-Papiers, hors collection. Du 2 au 15 juin 2025, du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, au Théâtre la Ville - Les Abbesses 31, rue des Abbesses 75018 - Paris. Du 2 au 15 juin 2025, du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, au Théâtre la Ville - Les Abbesses 31, rue des Abbesses 75018 - Paris.
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Véronique Hotte

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