VILLES

L’espace urbain mis à la question

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Quatre spectacles qui explorent « comme un coup de fouet » la complexité urbaine et les maux de notre société, une exposition et une série de manifestations sur la trace des abeilles citadines, le programme que propose le TGP du 23 mars au 12 avril met l’imaginaire artistique dans la diversité de ses états et de ses éclats pour mieux interroger le monde d’aujourd’hui. Pour son directeur, Christophe Rauck, le faire de cette façon là, très précisément à Saint-Denis, ne relève pas du hasard mais de la nécessité. Pour lui, en effet, la ville de Saint-Denis, stigmatisée par les deux chiffes de son département le 9. 3. « est un territoire singulier et pluriel, le carrefour exacerbé de tout ce qui peut advenir de meilleur ou de pire, qui ne ressemble à aucun autre mais offre en même temps le portrait de ce que la France sera ou ne sera pas demain. »

Les échos d’une brûlante actualité

C’est arrimé à cette évidence, qu’ont été choisis les spectacles. Chacun, dans la particularité de sa facture renvoie les échos d’une actualité brûlante, ici et ailleurs.
Avec Ils habitent la Goutte d’or, spectacle qu’elle a réalisé à partir d’entretiens avec des habitants de ce quartier, Laurence Février et ses comédiens, entrecroisent le récit et le destin d’un marchand de journaux, d’une femme politique et d’une africaine, « microcosme révélateur des contradictions, des violences, mais aussi des charmes et des bonheurs de la France d’aujourd’hui ». Pour Christophe Rauck, ce spectacle a d’autant plus sa place dans la manifestation, que les propos tenus dans le dix huitième seraient similaires à Saint-Denis « où la couleur de la peau raconte quelque chose de la classe sociale » et bien sûr de l’immigration avec son cortège de douleurs et d’angoisses. Telles que les éprouvent Sad, le héros de Saleté de l’autrichien Robert Schneider qui, à travers le soliloque d’un immigré clandestin irakien met à nu nos préjugés, nos fantasmes, notre peur de l’autre, de l’étranger, de l’arabe. Un texte féroce et décapant que le chorégraphe Farid Ounchiouene (Cie Farid’O) enlace à la violence d’une danse hip-hop épurée qui prolonge, dans l’énergie des corps, les affres auxquels l’esprit de Sad est en proie.
Mise en scène par François Rodinson, interprété par Océane Mozas Classe se justifie d’autant plus sur la scène du TGP que l’auteur Blandine Keller fut enseignante au collège Henri Barbusse de Saint-Denis. Le spectacle est une magnifique et tonique réflexion sur la transmission et ses corollaires.
Faire entendre la parole de ceux là qu’on ne veut ni voir ni entendre, ces laissés pour compte considérés comme les rebus de l’humanité et à travers leur parole faire sourdre ce qu’en eux il y a de souffrance enfouie, de solitude et d’enfance trahie, tel est l’enjeu de Baglady (Clocharde en français) de l’Irlandais Mc Guiness mis en scène par Stuart Seide et interprétée par Cécile Garcia-Fogel.

Ces interstices où la vie s’obstine

Pour prolonger les interrogations autour de tout ce que génère la ville, le programme du TGP invite à découvrir les détours qui s’inventent pour vivre ou survivre. C’est l’exposition photos d’un camp de Roms installé sur un tronçon de route situé dans la zone d’activité de la Plaine-Saint-Denis , la projection d’un film sur le rond-point de la porte Maillot où au milieu de l’océan des voitures cohabitent gens du voyage, touristes et une imposante colonie de lapins ou encore une promenade à la découverte de la vie des abeilles dyonisiennes. Installées dans des « Chambres à butin » par le plasticien-apiculteur Olivier Darné, sur le parvis du théâtre, elles font leur miel en butinant non seulement dans les jardinières des fenêtres, mais aussi dans les friches, et les mille et un interstices urbains où les fleurs s’acharnent à pousser entre pierre et béton. Exilées de la campagne où elles meurent les abeilles sont devenues citadines.
C’est dire que ce programme dense et alléchant ne se contente pas d’interroger l’aspect sans précédent de notre époque, mais nous invite également à regarder la ville autrement

Vi(ll)es jusqu’au 12 avril Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis TGP.
Tel 01 48 13 70 00

crédit photo 1, Ils habitent la Goutte d’or : BM Palazon

crédit photo 2, Classe : Eric Didym

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

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