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Critiques / Théâtre

Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal

par Corinne Denailles

Pour l’amour de l’art

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Ouvrier dans une usine de vieux papiers destinés au recyclage, Hanta ne se contente pas de broyer les ouvrages qui tombent de la trappe au-dessus de sa tête depuis 35 ans, il entreprend de sauver du pilon toutes ces merveilles destinées à la destruction. La censure n’est pas loin que l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal a connue puisque Une trop bruyante solitude a d’abord circulé clandestinement et que deux autres de ses textes ont été interdits et pilonnés. Hanta se délecte des plus grandes œuvres de la littérature et de la peinture (les textes de Schopenhauer, Hegel, Kant, Nietzsche, Novalis, mais aussi la Bible, le Talmud, les écrits de Lao-tseu, les tableaux de Rembrandt ou Van Gogh). Il les lit avec passion et en enveloppe minutieusement les ballots qu’il jette dans sa broyeuse, sa manière de les sauver. Il en emporte aussi chez lui où il croule sous les centaines de livres amoncelés ; tentative de sauvetage qui rappelle les brigades « couvertures de livre » de Fahrenheit 451 de Bradbury.
Thierry Gibault, campé au milieu du plateau obscur sous une pauvre ampoule suspendue, les vêtements et le corps maculés d’encre, est comme traversé par le monologue halluciné du héros dont l’esprit solitaire vagabonde dans le fracas régulier de sa presse : histoires amoureuses grotesque ou poétique, histoire de ses petites souris qui finissent dans la broyeuse, de l’éternelle guerre des rats dans les égouts, des relations brutales avec son chef, évocation de l’oncle et de son train, des cendres de sa mère qui finissent dans son assiette, etc. L’art et la bière l’aident à supporter sa condition qu’il transcende grâce son imaginaire fertile qui mêle crudité du langage et poésie des images. Le comédien nous embarque dans cette traversée aux confins du surréalisme qui pourtant s’ancre dans une réalité sociale violente. Hanta voit sa fin quand il découvre l’univers aseptisé d’une presse ultramoderne manipulée par des jeunes ouvriers des brigades socialistes qui appuient sur les boutons sans réfléchir, annonce d’un monde déshumanisé où l’art perd peu à peu du terrain face au seul critère de rentabilité.
Laurent Fréchuret, qui a fait une adaptation intelligente du récit, avait créé le spectacle en 2010 en diptyque avec La Pyramide de Copi intitulé Le diptyque du rat (voir l’article de Gilles Costaz, webthea).

Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, traduction de Anne-Marie Ducreux-Palenicek, adaptation et mise en scène Laurent Fréchuret ; avec Thierry Gibault ; son, François Chabrier ; lumières, Eric Rossi. A Avignon, au théâtre des Carmes à 16h30. Durée : 1h05.
Résa. 04 90 82 20 47.

© Lise Levy

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