Une rentrée théâtrale au féminin

Une rentrée théâtrale au féminin

Le mouvement H/F, qui se bat pour l’égalité hommes/femmes dans le domaine de la culture et du spectacle vivant, a de quoi se réjouir, puisqu’en cette rentrée ce sont les femmes qui sont en majorité en haut de l’affiche. Ce sont elles, encore, qui par leur talent sont les lucioles qui guident le spectateur égaré dans la forêt des propositions.

Parmi celles-ci, Dominique Blanc ( La Locandiera de Goldoni à l’Atelier), Anne Brochet (La dame de la mer d’Ibsen à la Gaîté Montparnasse), Romane Bohringer (Mélodrame(s) à la Pépinière théâtre), Cécile de France (Anna au Théâtre du Rond- Point) de Sarah Giraudeau ( Zelda et Scott de Renaud Meyer au La Bruyère), Ludmilla Mikaël ( Et jamais nous ne seront séparés de Jon Fosse au Théâtre de l’Œuvre), Mathilde Seigner (Nina d’André Roussin à Edouard VII) sans oublier Muriel Robin qui, pour son retour à la scène, enfin !, et « montrer que les épreuves qu’on traverse donnent de la force », a puisé dans sa biographie « une pâte modelée pour nous faire rire » ( Tsoin, tsoin au Théâtre de la Porte St Martin).

Quelques déclinaisons du rire

De Roussin, déjà cité, à Bénureau au Palais Royal, en passant par Labiche à Hébertot, Palmade au Saint-Georges et Françoise Dorin à la Comédie des Champs- Elysées, cette rentrée décline toutes les gammes du rire. On pourra préférer l’effroyable hilarité de Sébastien Thiéry que l’expert Jean-Michel Ribes tisonne avec délectation et dans laquelle s’aventure crânement la magnifique Isabelle Sadoyan (L’Origine du monde au Théâtre du Rond-Point), ou encore l’humour ravageur de Jean-Claude Grumberg en qui Claude Roy voyait « l’auteur tragique le plus drôle de sa génération ( Chez les Uf au Théâtre de Poche).

« Au seuil de la mort j’aimerais écrire une grande comédie » écrivait Hanoch Levin disparu prématurément en 1999. Sans doute ne savait-il pas bien qu’il l’avait déjà écrite avec Soldat ventre creux , une pièce farcesque et cruelle, pour laquelle, à l’instar de Plaute et Molière, il retisse sur le thème d’Amphitryon pour plaider en faveur de la paix et de la tolérance. C’est à voir au Théâtre de la Tempête où l’on peut voir également, dans une mise en scène de Philippe Adrien, L’Ecole des femmes de Molière. Molière qui n’en finit décidément pas de titiller avec plus ou moins de bonheur l’imagination des metteurs en scène et les désirs des comédiens et singulièrement Le Misanthrope. Après celui de Sivadier avec Nicolas Bouchaud dans le rôle d’Alceste la saison dernière, c’est aujourd’hui Alceste/ Arnaud Denis qui s’installe jusqu’au 19 septembre à La Cigale, et avant celui que nous proposera le baroque et extravagant Michel Fau. (Théâtre de l’Oeuvre en janvier).

Au titre des acteurs singuliers et hors normes, à signaler Denis Lavant qui prend les traits de Iago, dans Les Amours vulnérables de Desdémone et Othello, de Manuel Piolat Soleymat et Razerka Ben Sadia-Lavant , librement inspirée de l’Othello de Shakespeare. Un spectacle décoiffant qui mixte le rap et le oud, le théâtre et la danse, le chant et les langues et nous interpelle fortement sur la question de l’autre, l’étranger. (Au Théâtre Nanterre Amandiers à partir du 14, qui propose également à partir du 13, Macbeth de Shakespeare dans une mise en scène de Laurent Pelly).

Cap sur Le Cap avec le Festival d’Automne

Musique, théâtre, danse, cinéma, expositions, c’est au total une cinquantaine de manifestations que nous propose un Festival d’Automne proliférant, qui ne squatte pas moins de quarante lieux à Paris et en banlieue et braque ses projecteurs sur l’Afrique du Sud. Des grandes formations chorales des « township » aux dernières créations chorégraphiques de Robyn Orlin, en passant par le performeur Brett Bailey « spécialiste des carambolages stylistiques » qui ne cesse de tisonner les dégâts de la colonisation et toute une série de propositions musicales, chorégraphiques, plastiques, c’est un vaste panorama de la création sud-africaine que propose cette 42è édition qui met également à l’honneur Bob Wilson avec une exposition au Musée du Louvre, une nouvelle création, The Old Woman et deux reprises Peter Pan au Théâtre de la Ville et, au Théâtre du Châtelet, Einstein on the beach qui fut un des événements du Festival d’Avignon 1976.

Au titre des fidélités du Festival, on retrouve Christoph Marthaler(Théâtre de la Ville), Krystian Lupa (Théâtre de la Colline), Toshiki Okada ( Théâtre de Gennevilliers), Claude Régy.( CentQuatre) On pourra leur préférer le tumulte déchirant d’Angélica Liddell qui, dans Todo el cielo sobre la terra, hurle sa haine des mères en général et de la sienne en particulier ( Théâtre de l’Odéon - voir la critique de Gilles Costaz) ou encore la prometteuse audace de Gwenaël Morin qui, avec son théâtre permanent, réinvestit l’œuvre scénique de Fassbinder. A travers quatre pièces dont « Liberté à Brême », une des plus jouées en France, la troupe examine comment ce pourfendeur des méfaits du miracle économique allemand de l’après-guerre résonne aujourd’hui. La question vaut en effet d’être posée (Antiteatre Théâtre de la Bastille).

Enfin pour la curiosité et la nostalgie, pourquoi ne pas faire un détour du côté de la Cartoucherie - toujours magnifique à l’automne - pour y voir dans le lieu même de sa création, interprétée par de jeunes acteurs cambodgiens, la pièce d’Hélène Cixous L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, Roi du Cambodge. La mise en scène, qui reprend celle d’Ariane Mnouchkine, est de Delphine Cottu et Georges Bigot, ancien interprète de Norodom Sihanouk. « En ce temps là, explique Georges Bigot, nous étions nombreux à partager avec Ariane et Hélène le désir de jouer cette pièce au Cambodge. L’Histoire ne l’a pas permis de cette manière-là ». Réalisant aujourd’hui et autrement un rêve de 26 ans, Georges Bigot, nous rappelle opportunément que le théâtre peut aussi être la chambre d’écho de l’Histoire en train de se faire (au Théâtre du Soleil, en cambodgien surtitré).

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre...

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