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Critiques / Théâtre

Un poyo rojo

par Corinne Denailles

Une performance visuelle très bavarde

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Né en 2008 à la suite d’improvisations, le spectacle fait salle comble à Buenos Aires durant six saisons. Il arrive au Rond-point en 2015 après avoir rencontré le succès au festival d’Avignon. Malheureusement, le spectacle est rapidement annulé car Luciano Rosso s’est blessé. Il revient à Avignon en 2016 et au Rond-point.
Absolument atypique, le spectacle, presque toujours visuel, décline de multiples variations autour de la séduction, explorant tous les registres du thème. Qu’il s’agisse d’un couple homo (seulement à la scène, comme il sera précisé) n’a au fond guère d’importance tant le vocabulaire et les stratégies sont communes aux deux sexes, à ceci près que la dimension gay ajoute peut-être à l’insolence du spectacle, très sexuel et provocateur avec cet humour très argentin qui sait jusqu’où aller trop loin. La séduction au masculin c’est aussi un incroyable déploiement d’énergie physique ; nous assistons à un véritable combat de coqs (poyo) avec rapports de force, esquives, avances, parades et attaques réglées comme un rituel.
La scène se passe dans un vestiaire sportif, royaume de la compétition où chacun enchérit sur les propositions de l’autre. Et puis vient le corps à corps. Tour à tour lutteurs à la peau luisante et au coup de dent rageur, danseurs d’une grâce confondante, acrobates virtuoses, percussionnistes mais aussi clowns incomparables, Luciano Rosso et Alfonso Barón nous entraînent dans leur étourdissant ballet. La radio tient le troisième rôle. D’abord, Alfonso Barón balaie les stations à la recherche d’une émission qui lui plairait. Un peu plus tard, dans un numéro complètement déjanté, ils reproduisent avec leur corps le balayage des stations ; encore plus tard, la radio, posée entre les deux artistes, devient vecteur de séduction. Sur une musique dansante, Luciano se tortille et tente des avances mais Alfonso change de station en vitesse à la recherche d’un débat qui ferait tomber la pression érotique installée par la musique. Le jeu improvisé menace parfois de virer au fou rire tant les hasards de la radio (en direct) leur fournit des situations en or. Cerise sur le gâteau, Luciano offre en rappel un playback irrésistible dans lequel il élève la grimace au rang beaux-arts. Rythmé, musical, percussif, virtuose, comique, jamais vulgaire ni potache, le spectacle est joyeusement débridé et admirablement réglé par Hermes Gaido.

Un poyo rojo, teatro físico, mise en scène Hermes Gaido ; chorégraphie Luciano Rosso et Nicola Poggi ; lumière Hermes Gido ; avec Luciano Rosso et Alfonso Barón. Au théâtre Antoine à 19h du mercredi au samedi jusqu’au 16 juin. Durée : 1h 15.

Photo Paola evelina

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