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Critiques / Opéra & Classique

Tristan und Isolde de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

Une mise en scène peu risquée

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Après l’Opéra de Lyon où elle fut créée, la production de Tristan und Isolde de Richard Wagner imaginée par Àlex Ollé, cofondateur du remuant ensemble La Fura dels Baus, s’est parfaitement adaptée aux exigences techniques théâtrales du Liceu de Barcelone. Au sol, la plateforme représentant le bateau a bougé très lentement, produisant l’effet escompté du bâtiment voguant sur une mer placide. La difficulté technique était de taille. La demi-sphère vide occupant la partie supérieure de la scène, présentée à chaque acte dans une position différente, nous a offert des sensations originales et poétiques, mais aussi, utiles au spectateur afin de caractériser le lieu : la mer sous la lune, le château et l’île déserte.

Au-delà de la scénographie, certes juste, originale, et appréciée du public, Àlex Ollé a aussi très bien soigné les acteurs. Il les a dirigés avec attention, sans aller chercher de solutions trop originales, ni incompatibles avec les multiples exigences du chant. Bien au contraire, il a placé les acteurs aux endroits justes afin qu’ils puissent centrer leur attention sur leur travail vocal.

Le chef d’orchestre centré sur la partition

Josep Pons s’est intéressé surtout à la partition qu’il n’a pas quitté des yeux un seul instant. Il n’a pas lésiné sur les volumes orchestraux, au détriment du lyrisme de l’histoire et, plus prosaïquement, des intérêts des artistes sur scène. A certains moments on les sentait quelque peu déboussolés, jetant des regards inquiets, interrogatifs, vers la fosse. Les chœurs, en coulisse, toujours bien préparés par Conxita Garcia, ont bénéficié sans doute d’un système de communication efficace avec le directeur d’orchestre qui leur a permis de remplir leurs tâches avec précision et une grande maestria.

Les voix principales un peu fatiguées

Lors de cette avant dernière représentation, d’une série qui en comptait sept, les voix principales ont semblé quelque peu fatiguées. Bien entendu, le professionnalisme incontestable des artistes leur a permis de franchir sans dégât majeur les innombrables écueils de la partition, dont celui de la durée. Ils ont admirablement bien dosé leurs efforts pour traverser au mieux les passages délicats et mener leur bateau à bon port.

Il n’en demeure pas moins que les nombreuses transitions du forte au piano, ont causé des pertes d’intensité et même de justesse à l’émission d‘Iréne Theorin–Isolde. La soprano perdait systématiquement, à ces occasions, la belle couleur de sa voix, et devenait inaudible en fin de course. Lorsqu’elle montait vers l’aigu, on remarquait une perte de timbre, et on entendait souvent à l’arrivée un cri à peine contrôlé. Malgré ces difficultés techniques, on a eu le sentiment que la cantatrice savait ce qu’elle chantait, et donc qu’elle ne perdait pas le fil de l’action.

On a eu aussi des doutes sur l’émission de Stefan Vinke–Tristan, surtout au début de la soirée. Il s’est bien ressaisi à la fin du dernier dialogue du premier acte, et il a effectué par la suite une performance vocale très en phase avec l’évolution des sentiments de son héros. Stefan Vinke aura été un Tristan rêveur et sincère, enivré par l’amour de sa bien-aimée. Lors du dialogue au second acte il est passé de l’excitation la plus aveugle au calme le plus apaisé –son invocation à la nuit a créé un moment magique-. Et, sur l’île déserte, il a exprimé le désespoir le plus intense devant l’insoutenable attente de la mort sans l’aimée.


Une bonne distribution des seconds rôles

C’est d’une voix inexpressive, terriblement neutre, quasiment administrative, qu’Albert Dohmen, le roi Marke, a fait la leçon à son neveu Tristan à son retour de la chasse nocturne. Par ailleurs Àlex Ollé a retenu l’idée du jardin métaphorique, qu’il a représenté comme le veut la tradition – pour une fois qu’il la respecte !…-, comme un vrai jardin, totalement dépouillé de verdure, au pied du château. Les ombres des arbres sans feuilles - la « vidéo création » de Franc Aleu a fait un grand effet -, donnant une impression hivernale. A côté du côté esthétique indéniable, la vraisemblance de la situation en a pris un coup, car en général l’hiver on ne va pas à la chasse la nuit, et on reste plutôt à l’intérieur de la maison, au coin du feu.

Certes Greer Grimsley–Kurwenal a été un fidèle serviteur de Tristan, mais il s’est montré agressif à l’excès face à Brangäne, la servante, et même aussi face à Isolde elle-même. La direction de l’acteur et la violence de son chant, ont été incompréhensibles au premier acte. Pour le reste, son émission, très souvent dans le forte, perdait souvent du timbre et rendait le texte obscur.

Qu’il soit pardonné à Sarah Connoly sa performance globale, quelque peu médiocre. A sa défense, elle a dû supporter les imprécisions du chant d’Isolde et les impertinences de Kurwenal au premier acte. Elle a eu à sa faveur les deux répliques de Brangäne, dignes des meilleures entendues au Liceu et ailleurs. Elle a ainsi créé deux moments d’émotion sublime pendant le dialogue des amoureux au deuxième acte.

Francisco Vas a habillé le personnage de Melot de ses regards et ses attitudes personnelles toujours pertinentes et imaginatives. L’acteur, vocalement impeccable, a mis le faible Melot au faîte de l’action, comme il sait le faire avec ces personnages rarement au premier plan de l’histoire, mais in fine, indispensables à son aboutissement.

Tristan und Isolde, musique et livret de Richard Wagner. Orchestre du Gran Teatre del Liceu, direction Josep Pons, mise en scène Álex Oller, décors Alfons Flores, costumes, Josep Abril. Avec : Stefan Vinke, Albert Dohmen, Irene Theorin, Greer Grimsley, Francisco Vas, Sarah Connolly, Jorge Rodriguez Norton, Germán Olvera.

Gran Teatre del Liceu les 28 novembre et les 2, 4, 7, 10, 12, 15 décembre 2017
http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat
Téléphones 902 53 33 53 +34 93 274 64 11 (International)

Photos Antoni Bofill

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