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Critiques / Théâtre

Tratando de hacer una obra que cambie el mundo par la compagnie La Resentida

par Corinne Denailles

Sauver le monde

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Les compagnies artistiques chiliennes sont régulièrement invitées au Théâtre de la ville. En début de saison Guillermo Calderon présentait un diptyque très politique (sur la torture sous Pinochet et les adieux fictifs de Michelle Bachelet), une interrogation sur le sens de l’histoire. On a pu voir de la danse et un spectacle jeune public au cours de cette saison. Actuellement, à l’affiche, le spectacle Tratando de hacer una obra que cambie el mundo (Essayant de faire une œuvre qui change le monde), sous-titré El delirio final de los últimos romanticos (Le délire final des derniers romantiques) met en scène une équipe de jeunes gens survoltés en quête de l’idée miraculeuse qui transformerait l’enfer en paradis.

Cinq acteurs se sont enfermés dans une cave où, depuis 4 ans, ils poursuivent cette folle utopie sans méthode aucune, avec pour seule boussole un enthousiasme naïf et une foule de références qu’ils brassent tous azimuts, d’Artaud à Brecht en passant par Nietszche ou Marcel Duchamp. Ils en appellent à Jésus-Christ, Jean-Claude Van Damme ou Amélie Poulain, s’interrogent sur le sens d’un acte artistique révolutionnaire et tiennent des propos misogynes en se référant à mauvais escient à Ibsen. Témoin de la surchauffe des esprits, les centaines de textes collés sur le mur comme une seconde peau. Une idée « géniale » à la seconde, et les voilà enfourchant le balai de leur imagination. Il faudra renoncer à l’idée de confronter le public à la vraie violence de leur mort en direct (pourtant très productive pour réveiller les cerveaux endormis) car pas de répétition possible… ils vocifèrent, s’exaltent, se disputent, s’effondrent en larmes, s’attendrissent. Les scènes s’enchaînent sans transition, se bousculant les unes les autres dans une agitation permanente (superbe scène surréaliste où ils jouent Marat-Sade épaulés par un arsenal de marionnettes). Quand un messager de l’extérieur leur parvient pour leur annoncer la bonne nouvelle de l’avènement d’un monde parfait où le théâtre politique n’a plus de raison d’être, les voilà un instant suffoqués, mais ils sauront contourner l’obstacle.

L’effervescence, un peu hystérique mais toujours contrôlée, n’est finalement que l’expression du désarroi lucide d’une « génération qui n’a rien vécu », écrasée par des parents qui n’ont transmis que des discours pseudo-révolutionnaires pour finalement pactiser avec l’ennemi et s’embourgeoiser. C’est un théâtre survitaminé, très drôle, construit à la truelle, emmené à grande vitesse sur la voie de l’autodérision et de l’autocritique par des comédiens épatants dans une mise en scène qui évoque un théâtre agit-prop des années 70 obsolète.

Tratando de hacer una obra que cambie el mundo. Direction, Marco Layera ; dramaturgie, La Resentida ; décor, Pablo de la Fuente ; avec Carolina Palacios, Pedro Muñoz, Benjamín Westfall, Nicolás Herrera, Eduardo Herrera. Au Nouveau théâtre de Montreuil du 2 au 19 octobre 2014. . mardi et jeudi à 19h30, lundi, mercredi, vendredi,samedi à 20h30, dimanche à 17h. Relâche dimanche 5, mercredi 8, lundi 13. Spectacle en espagnol surtitré en français. Durée : 1h30. Rés. 01.48 70 48 90.

© Francisco Jorquera

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