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Critiques / Théâtre

Trahisons de Harold Pinter

par Jean Chollet

relecture pertinente par le tg STAN

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Considéré comme l’un des écrivains et dramaturges majeurs contemporains, auteur d’une quarantaine de pièces, Harold Pinter (1930 – 2008) a publié celle-ci sous le titre Betrayal en 1978. Lors de ses premières représentations, certains observateurs n’ont pas manqué de relever son inspiration autobiographique, au regard de la vie conjugale du britannique, devenu en 2005 Prix Nobel de littérature. Son thème réuni trois personnages classiques de la comédie de mœurs ou du vaudeville, la femme Emma responsable d’une galerie d’art contemporain à Londres, le mari Robert et l’amant Jerry, tous deux amis de longue date. L’un éditeur aisé profitant des succès d’agent littéraire de l’autre. Une liaison de plusieurs années mouvementée, évoquée deux ans plus tard après la rupture consommée dans l’appartement loué par les deux amants, en remontant le temps. Composée de neuf séquences, la pièce distille les sentiments, désirs, ambigüités, trahisons et avatars, vécus respectivement, à différents degrés, par le trio au fil du temps. Au cœur des mensonges et lâchetés, mais aussi des formes de tendresse nécessitant des aveux contraignants mais aussi libérateurs. Pourtant, malgré les apparences, sans trouver un apaisement pour le futur.

Après de nombreuses mises en scène, c’est au tour de la compagnie flamande tg STAN (acronyme de Stop Thinking About Names, en français “ Arrêtez de penser aux noms”), fondée en 1989 à Anvers, et bien connue du public français, de reprendre cette œuvre. Dans la continuité caractéristique de leur création théâtrale principalement orientée sur le jeu d’acteur en abordant les grands auteurs du répertoire. Après une version en langue néerlandaise en 2011, Jolente de Keersmaeker (Emma) Frank Vercruyssen (Jerry), membres associés fondateurs du collectif, accompagnés de Robby Cleiren (Robert), reprennent Trahisons dans la traduction française de Eric Kahane. Dans un espace nu, seulement bordé en retrait d’un lit symbolique, et des quelques accessoires, les verres et vaisselle posés progressivement au sol, témoignent de la vie (bien arrosée) des personnages comme autant de ponctuations du temps passé. Les trois comédiens sont épatants de justesse et de liberté. Sans appuyer les effets, ils distillent dans leurs élocutions légères colorées d’humour noir, et leurs silences évocateurs, les sentiments traversés par le trio sans appuyer les effets. En occultant tous les aspects boulevardiers que pourraient susciter les situations évoquées, une introspection humaine, sociale et politique, théâtralement réussie.

Trahisons, de Harold Pinter, texte français Eric Kahane, mise en scène et décor, tg STAN, avec Jolente De Keersmasker, Robby Cleiren, Franck Vercruyssen, lumières Thomas Walgrave, costumes Ann D’Huys. Durée 1heure 30

Théâtre de la Bastille – Paris à 20 heures jusqu’au 5 juillet 2015.

Photo ©Paul De Malsche

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