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Critiques / Théâtre

Théâtre dans le rouge

par Jacky Viallon

Lucie Valon : Clown rouge façonné dans un tissu d’originalité et d’étrangeté

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D’emblée, recroquevillée dans un coin de scène au lointain, Lucie Valon nous accueille de sa fascinante autorité. Elle nous désigne du doigt indiquant à distance de nous poser là où elle l’ordonne. Si on joue les récalcitrants, elle ne perd pas son temps et nous abandonne comme un diable qui ne veut plus assurer notre protection à partir de l’entrée de l’enfer. Elle nous laissera sombrer dans l’abîme de notre propre damnation. Alors elle nous plante, là au milieu des gradins, victime empétrée par notre indocilité.

Hélas il est trop tard pour résister, il va falloir alors expier tout au long de la pièce. Expier intérieurement : rassurons-nous il n’y a pas fort heureusement appel à la participation de la part du spectateur. Si toutefois il y en a une, discrètement cachée comme à chaque nouvelle approche d’une œuvre d’art, elle se situe « in petto ». Elle ne tient qu’à nous et nôtre voisin n’en aura même pas conscience. Lucie Valon semble vous engager à vous débrouiller qu’avec vous-même.

Trop tard, la comédienne subitement habitée d’un clown rouge, hors cliché, hors norme, fabriqué dans un tissu d’originalité et d’étrangeté s’est plaquée contre le mur de fond de scène pour y tracer douloureusement à la craie blanche une griffe avouant un lettrisme provocateur « Inferna » sorte de signature imposée en début de spectacle, comme si nous étions dispensés, par une sorte d’inexplicable bonté démoniaque, d’écouter et de voir ce qui suit. Comme si le laps de temps que nous lui abandonnons était balayé, soufflé, pour n’en retenir et avoir à n’en retenir que la fin. Signature au bas d’un parcours invisible à l’instar du « tableau des merveilles » de Prévert que personne ne peut voir mais que tout le monde a vu afin d’obtenir la plus grande des rédemptions : la reconnaissance de son intelligence. En fait, la séduction de ce clown rouge flamboyant est due, en autre, à ce qu’il feint de nous prendre pour plus intelligent que nous sommes.

C’est peut être là, sous d’apparentes directivités et sarcasmes que se cache la véritable générosité du plateau. Nous pourrions parler plus simplement de la générosité contenue qu’offre corporellement ce clown aux déplacements étrangement syncopés et souvent arythmiques. Sorte d’évolution en pointillé qui nous propose de compléter « l’espace vide » et d’être aussi à « l’écoute de son silence » dixit Peter Brook.
Ainsi les différents arguments proposés peuvent s’enchaîner sensiblement dans une sorte de logique intuitive et empirique. Cette dernière écarte sans rémission la recherche des contraignantes et hypothétiques règles d’usage de la sacro-sainte dramaturgie. Règles peu engageantes à faire l’école buissonnière au travers des multiples chemins de notre imaginaire. Probablement parce que la conception du spectacle fait appel à une lecture allégorique et non pas métaphorique.
De toute évidence on touche ainsi de prés au rapport à Dante évoqué dans cette création. En effet au regard de la citation du poète mise en exergue dans le texte de présentation de la performance« Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvai dans une forêt sombre, la juste direction étant perdue. » Alors Lucie Valon nous renvoie très clairement à notre propre interrogation qui propose l’alternative entre le chemin du désir (au sens Dantesque) et celui de la raison ( au sens initiatique). Ce spectacle serait alors, en quelque sorte, une des formes d’un certain théâtre dénommé pudiquement comme son cousin le roman « théâtre de formation ».

Et puis, pour exécuter une pirouette de fin de page : si on attrape rien de tout cela, on peut sans aucune culpabilité aller voir ce spectacle en laissant sa cervelle au vestiaire. Vous passerez, également, un excellent moment, même sans réfléchir. La technique de scène est aussi là pour nous entraîner presque physiquement dans un monde d’illusions. Saluons donc l’excellent travail sur le son du à la vigilance acoustique de Marec Havlicek et de Julienne Havlickova-Rochereau ainsi que les subtiles lumières dues à Dominique Fortin et qui ne sont pas prêtes de lui être rendues !

« Dans le rouge » conçu et joué par Lucie Valon Théâtre de l’Aquarium. Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 18 février 2007 du mardi au samedi à 20 h30 et dimanche 16 h. Durée 1 heure réservation : 01 43 74 99 61

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