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Théâtre 71 ou comment s’imposer aux portes de Paris

par Michel Strulovici

Entretien avec Pierre-François Roussillon

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Pierre-François Roussillon aime les défis. Il dirige aujourd’hui le Théâtre 71, la Scène nationale de Malakoff. Dans une vie passée, jusqu’en 2000, il a exercé son talent en tant que concertiste de musique de chambre. Il crée, alors, des formations réputées (l’Ensemble Concordia et le Trio à vent de Paris). Mais après vingt ans d’un tel exercice, il se réoriente vers la direction d’institutions culturelles : le Théâtre de la Butte d’Octeville, le Trident (la Scène nationale de Cherbourg), la maison de la Culture de Bourges, avant d’être nommé en 2011 à la tête du Théâtre 71. Défi encore de succéder au talentueux Pierre Ascaride, directeur de cette Scène nationale... pendant 28 ans.

Soutenir la création

Quand j’ai été nommé, l’axe principal, ici, était le théâtre, explique Pierre-François Roussillon. Ma mission a été de présenter une offre un peu plus diversifiée avec plus de spectacles chorégraphiques et musicaux (jazz, musique improvisée, musique de chambre, théâtre musical). Il fallait prendre en compte la proximité immédiate de Paris et de son offre culturelle, les plus belles propositions sont à notre porte. Quand je travaillais en province, à Cherbourg ou Bourges, mon problème était d’offrir des places pour tout le monde car les salles étaient pleines. Nous étions seuls au monde. Ce qui permettait d’entretenir avec les spectateurs des relations de fidélité. Ici, c’est très différent. Les abonnés ne représentent que 30% du public. Si je devais établir une programmation en fonction de leur nombre, nous n’aurions que peu de représentations par spectacle. Cette configuration particulière m’a imposé d’imaginer un projet artistique dont la création est le pivot. Ainsi et dans le domaine du théâtre, 80% des spectacles programmés sont accueillis en préachat et dans le cadre de séries pouvant aller jusqu’à trois semaines de représentations. Je considère que mon rôle est d’envoyer la petite étincelle qui va permettre à des projets de se réaliser.

Moins mais autrement

A la Maison de la Culture de Bourges, j’accueillais 50 spectacles par saison. Ici, 17 ou 18. Cette diminution est un choix dicté par cet environnement et ces logiques. Programmer moins de spectacles, mais sur des séries, permet la présence d’artistes sur une assez longue période, ce qui motive nos dispositifs d’actions culturelles. Cela facilite les rencontres avec le public et donne de l’efficacité à l’animation des ateliers en milieu scolaire, de la maternelle au lycée. Ce travail en direction de la jeunesse occupe une place importante au Théâtre 71. Dans ces ateliers, nous cumulons l’intervention des professionnels dans les classes et les rencontres avec les compagnies lors des spectacles accueillis. Nous présentons des équipes et des métiers. Ainsi, ces jeunes ont une vision plus « éclairée » du spectacle vivant. Notre champ d’action s’exerce jusqu’à... Etampes ! Et, en conclusion de ces travaux, la première quinzaine de juin, nous prolongeons une opération initiée depuis longtemps par Pierre Ascaride, « A l’assaut du plateau ». Tous nos ateliers sont ici rassemblés pour présenter leur travail. Et la qualité est au rendez- vous. Cet accompagnement est efficace mais demande du long terme et de la persévérance.

Créer de la cohérence

Une saison n’est pas une simple juxtaposition de spectacles. Il lui faut une âme. Je souhaite établir des transversales, des spectacles qui se répondent. Si nous présentons L’Histoire du soldat au mois de novembre, il me semble cohérent de proposer L’Opéra de quatre sous en avril, car ces deux œuvres ont inventé le théâtre musical moderne au début du 20e siècle
Si je souhaite présenter des spectacles plus politiques, il me semble judicieux de montrer La Visite de la vieille dame de Dürrenmatt, Les Epoux de David Lescot, sur le couple Ceausescu, et L’Art de la comédie d’Eduardo de Filippo, sur le rapport entre art et pouvoir. Ces liens éclairent la saison.
Dans la programmation musicale que nous présentons au foyer, je m’efforce de faire résonner la musique avec les propositions théâtrales. Par exemple, nous avons accueilli une pièce de Schiller en octobre (Intrigue et amour), dans le même mouvement nous avons développé un travail autour de Schumann, Beethoven, Schubert, et du Sturm und Drang. A l’identique, aux représentations de L’Histoire du soldat, nous avons associé un concert et une conférence sur les contemporains de Stravinsky, Prokofiev et Kodaly. J’essaye , ainsi, par petites touches, de créer de la cohérence dans ce programme.

L’offre et la demande

Pour Pierre-François Roussillon, l’un des freins à l’élargissement du fameux « cercle des initiés » réside dans la parole publique : Ce qu’expriment ça et là certains politiques, de droite comme de gauche, sur l’idée d’une culture ramenée à la notion de simple divertissement et programmée en fonction d’une supposée demande du public, est inquiétant. Je constate au contraire à quel point de nombreux spectateurs sont satisfaits d’être surpris, ne s’attendant pas à aimer ce qu’ils avaient vu. Aussi, en cette période de crise et d’interrogations, je considère que la place de l’art et de la culture est plus que jamais essentielle. En termes de lien social, d’éducation, de libre pensée, de connaissance de l’autre, de mémoire, de découverte d’autres univers, d’autres cultures... C’est cela qu’il nous faut transmettre. Mais s’il s’agit de reproduire ce que nous voyons le plus souvent à la télévision, ce n’est pas notre mission. Nous aimerions que cette parole et ce message, soient plus vigoureusement portés par ceux qui nous dirigent, notamment au plus haut niveau de l’État.

© Atelier S-AFA/Séverine/Séverine-ville

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