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Tête haute de Joël Jouanneau

par Dominique Darzacq

magique alchimie du verbe et de l’image

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Il était une fois, qu’importe qu’elle soit la dernière ou la première, cette fois-là comme dans tous les contes, surtout s’ils sont cruels, un roi et sa reine attendaient la naissance d’un prince. Hélas, ce fut une princesse. Déconfits et furieux, ils se débarrassèrent de l’enfant que de noirs cavaliers abandonnèrent dans la lande sauvage. Mais la nature, malgré ses pièges, est plus clémente que les hommes. Tandis que dans le royaume où elle est née, la paix est devenue « juste un entracte entre deux guerres », dans une clairière au cœur de la forêt, une petite fille, ignorant tout de sa naissance, vit paisible et heureuse, en compagnie de Babel un vieux dictionnaire dont elle a appris presque tous les mots. Elle y trouva même son nom Eclipse et découvrit que « jamais était un mot aussi stupide que toujours ». Mais voilà qu’un jour, il lui fallut apprendre le mot « peur » dont elle triompha tête haute après une course effrénée et pleine d’embûches dans la forêt où elle rencontra un vieux roi errant et sans mémoire. « La tête, jamais tu dois la baisser, car si tu la baisses un jour tu ne pourras jamais plus la relever ».

Une caméra bien inspirée

Conte d’apprentissage (Ed Heyoka Jeunesse, Actes-Sud Papiers) dans lequel Joël Jouanneau fait un clin d’œil au Roi Lear, Tête haute que met en scène Cyril Teste et le collectif MxM, se donne à voir comme on feuillette un livre tels ces livres d’images en relief qui ensemençaient notre imaginaire enfantin . Les lettres s’échappent des pages, s’envolent comme des papillons, forment des bouquets de mots, certains, comme « caramel », font les délices de la petite fille qui l’avale tout aussitôt. La forêt se fait aérée ou dense, accueillante ou angoissante, peuplée d’yeux hostiles comme d’un coup de baguette magique. La fée, ici, est le fruit d’un travail vidéo très inspiré, envisagé non pas comme un simple décor mais en partenaire d’une écriture qu’il accompagne et prolonge. Du théâtre d’ombres au plateau, de fantasmagories en noir et blanc au jeu en scène des comédiens qui, par caméra interposée, passent les miroirs, les frontières entre virtuel et réel ne cessent de se brouiller et font de l’épopée d’une petite fille à la conquête de soi, un fascinant spectacle qui scelle l’alliage hautement poétique de la plume et de la caméra, du verbe et de l’image.

Vu au TGP de Saint-Denis dans le cadre de la manifestation « Et moi alors ! » destiné au jeune public, le spectacle est actuellement à l’affiche du théâtre Le Monfort à Paris

Tête Haute de Joël Jouanneau, mise en scène Cyril Teste - Collectif MxM avec en alternance, Murielle Martinelli, Valentine Alaqui et Gérald Weigand.
Tout public à partir de 8 ans. 50’

photo© XmX
Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 20 décembre 01 48 70 48 90

Le Monfort jusqu’au au 25 mai. tel 01 56 08 33 88

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