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Critiques / Théâtre

Tartuffe ou l’imposteur de Molière

par Corinne Denailles

Une lecture limpide résolument comique

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Tartuffe est une des pièces de Molière le plus souvent mise en scène et qui se prête à une multiplicité de lecture. Benoît Lambert réfute la dimension anticléricale de la pièce (le retour à l’ordre final est bien le signe de l’allégeance de Molière au roi) dans laquelle il voit plutôt la mise en scène de la déraison et ses conséquences.
Orgon, le maître de maison qui s’éprend de ce faux dévot de Tartuffe, a véritablement perdu la tête et mis sa maison sens dessus dessous. Benoît Lambert a choisi cet angle qu’il traite sur le ton de la farce. Les personnages, dépassés par la situation, se disputent et s’empoignent. Marc Berman opère une complète métamorphose d’Orgon d’abord sûr de son fait et de ses affaires dans son costume trois pièces impeccable, il finit par perdre complètement les pédales, le cheveux en bataille, dépenaillé, désespéré à s’en rouler parterre. Il est tout ensemble drôle, ridicule et touchant. Ses quelques échanges avec Madame Pernelle sa mère sont réjouissants. Stephen Castang croque le personnage tel un peintre, il fait de cette vieille taupe une belle-mère hommasse et colérique en perpétuelle agitation. Quand à Tartuffe, dans son costume gris passe-muraille, il tient du voyou de grand chemin qui aurait eu l’intelligence d’emprunter l’habit du prêtre pour mieux rouler sa victime. Sûr de son fait, il n’hésite à faire en douce un bras d’honneur au fils qui l’a percé à jour ou à esquisser quelques pas de danse tant il jubile. Emmanuel Vérité interprète le rôle avec une parfaite désinvolture cynique ; ouvertement immoral, il n’a pas froid aux yeux ; il est tellement sûr de la naïveté d’Orgon qu’il ne se donne même pas la peine d’en faire trop.
Parce que l’enjeu est de dessiller les yeux d’Orgon, la table, instrument central de la révélation de la vérité, est au centre de l’espace scénique et les murs tapissés de sinistres lambris, se font transparents pour dévoiler les coulisses de la situation (scénographie de Antoine Franchet).
Ce Tartuffe ouvre des pistes de réflexion très passionnantes dans une mise en scène enlevée résolument comique.

Tartuffe ou l’imposteur de Molière, mise en scène Benoît Lambert ; scénographie Antoine Franchet ; son, Jean-Marc Bezou ; costumes, Violaine L. Chartier. Avec Marc Berman, Stéphan Castang, Anne Cuisenier, Yoann Gasiorowski, Florent Gauthier, Etienne Grebot, Raphaël Patout, Aurélie Reinhorn, Camille Roy, Martine Schambacher, Paul Schirck, Emmanuel Vérité. Au théâtre de la Commune à Aubervilliers jusqu’au 29 mars. Mardi et mercredi à 19h30, jeudi, vendredi et samedi à 18h et dimanche à 16h. durée : 2h. Résa : 01 48 33 16 16.

Créé au Théâtre Dijon Bourgogne le spectacle y sera repris du 21 au 23 avril 2015.

photo Vincent Arbelet

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