Accueil > Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès

Critiques / Théâtre

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès

par Jean Chollet

Avis de recherche(s)

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est la personnalité et la trajectoire d’un jeune italien (1962 – 1988), meurtrier de ses parents et tueur en série en Suisse et en France dans les années 1987 – 1988, qui a inspirée cette dernière pièce de Bernard – Marie Koltès, créée pour la première fois en avril 1990 à la Schaubühne de Berlin, dans une mise en scène de Peter Stein. En France, sa création l’année suivante par Bruno Boëglin provoqua de nombreuses réactions et une interdiction en Savoie où les crimes de Succo (son nom réel) avaient provoqués bien des traumatismes. Vingt cinq ans plus tard, sa résonance historique à l’actualité immédiate a laissé place à sa dimension dramatique, qui interroge les thématiques universelles et intemporelles de la violence meurtrière. Elle tisse le portrait d’un jeune homme énigmatique, dont les comportements ambivalents ne s’appuient sur aucunes motivations apparentes, mais résultent du hasard de ses rencontres au quotidien qui font naître ses pulsions. Depuis l’évasion d’une prison, à travers une cavale épique qui conduit Zucco auprès de sa mère qu’il étrangle, avant de croiser différentes personnalités, dont celle marquante de “ la gamine ” qu’il a violé, mais s’éprend de lui pour former un couple improbable, ou encore “ la dame élégante”, bourgeoise dont il a tué le fils, souhaitant malgré tout partager sa vie, car le personnage séduit autant qu’il terrifie. Cette ambiguïté confère à Zucco une dimension mythique qui peut être associée à son besoin de transgression d’une société dont il est issu, et qu’inconsciemment ou non il rejette, en avançant, en toute conscience, sur un chemin qui le conduit inexorablement vers la mort.


Pour articuler la mise en scène de cette nouvelle version, créée à la Comédie de Valence qu’il dirige, Richard Brunel a placé judicieusement cette épopée sanglante dans une scénographie modulable conçue par Anouk Dell’Aiera. Répartie sur trois niveaux, elle accompagne les localisations des quinze tableaux de la pièce, sous les lumières de Laurent Castaingt, notamment à l’aide de panneaux translucides reflétant ombres et fantômes, en ouvrant sur un hors champ parfois utilisé en introduction, et qui contribuent aux enchaînements et à la fluidité de la représentation. Avec intelligence, celle – ci évite les pièges d’un trop grand réalisme pour accompagner, loin de tout pathos, une histoire atrocement humaine, tout en s’attachant à faire entendre la choralité d’une écriture dense et percutante (Texte publié aux Editions de Minuit). Avec la précision et la sensibilité adéquate exprimée par les quatorze comédiens dans leur altérité. Parmi eux, Pio Marmaï, dont le physique, le jeu et les accents, offrent une belle cohérence à Zucco, Noémie Develay – Ressigier, troublante et révoltée Gamine, Evelyne Didi mère et putain, ou Luce Mouchel en“ élégante”. Une réussite collective, qui s’achève comme le veut la pièce, sur un soleil… trompeur.

Roberto Zucco de Bernard – Marie Koltès, mise en scène Richard Brunel, avec Axel Bogousslavsky, Noémie Debelay – Ressiguier, Evelyne Didi, Valérie Larroque, Pio Marmaï, Babacar M’Baye Fall, Laurent Meininger, Luce Mouchel, Tibor Ockenfels, Lamya Regragui, Christian Scelles, Samira Sedira, Thibault Vinçon, Nicolas Hénault. Scénographie Anouk Dell’Aiera, lumières Laurent Castaingt, costumes Benjamin Moreau, son Michaël Salam. Durée : 1 heure 40.
Théâtre Gérard Philipe – Saint – Denis jusqu’au 20 février 2016. Du 2 au 4 mars Théâtre de Caen, du 10 au 12 mars CDN Orléans/Loiret/Centre, les 17 et 18 mars 2016 Comédie de Clermont – Ferrand.

photos Jean-Louis Fernandez

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.