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Critiques / Théâtre

Rien de moi de Arne Lygre

par Jean Chollet

Le poids des mots

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Après avoir mis en scène en 2011 et 2012, Je disparais, et une version en langue allemande de Jours souterrains (Tage unter), Stéphane Braunschweig poursuit son exploration de l’œuvre du dramaturge norvégien, né en 1968, à Bergen. Un auteur révélé en France en 2007 par Claude Régy avec Homme sans but , dont l’écriture concise et précise témoigne d’une force suggestive pénétrante. Cette dernière pièce (2013) met en présence un couple racontant la trajectoire de sa vie amoureuse. Une femme (Moi) a rencontré un homme plus jeune qu’elle dans un bar. Coup de foudre, elle quitte son époux et son fils pour vivre avec Lui. Au cœur de la boîte blanche conçue par le scénographe – metteur en scène, à la fois espace intérieur et paysage mental, dont le vide est comblé par quelques meubles en accompagnement des évolutions temporelles du récit (Eté, hiver … quelques années plus tard), ils élaborent un futur pour évacuer les blessures et fantômes du passé et tenter de poursuivre un avenir commun menacé. Moi : “ Nous disons quelque chose et nous le faisons ”. Lui : “ Tu as ton futur, et moi le mien à court terme, et dans le temps qui nous reste, nous devons nous faire le bien que nous pouvons. ” A travers leurs échanges, ils approfondissent la connaissance de l’autre, et révèlent sensations et pensées intimes qui dictent leurs aspirations et leurs rapports amoureux.

Arne Lygre livre ainsi une approche subtile sur la manière d’être et d’aimer à contre courant de certaines idées reçues, en laissant flotter une relation étrange entre le réel et les projections de la pensée, dont les images naissent à partir des mots prononcés. C’est dans cet esprit que Stéphane Braunchsweig signe une mise en scène d’une précision adaptée, laissant percevoir les différents niveaux de l’écriture en accompagnant avec justesse ses rythmes et inflexions. Il guide dans cette partition, Chloé Réjon (Moi) qui porte avec intensité et finesse les nuances d’une femme passionnée, mais meurtrie par la perte d’un enfant, et Manuel Vallade (Lui), plus en retrait, campe un homme déchiré, puis pathologique à l’approche de la mort. A leurs côtés, Luce Mouchel, troublante, prête sa belle présence aux mères de Moi et de Lui et à celle d’un enfant, tandis que Jean-Philippe Vidal, ex mari de Moi, espère encore un retour impossible. Et lorsque durant la scène finale, le plateau se rempli d’eau pour recevoir les corps des deux amants, ses reflets semblent agir comme un effet miroir qui laisse des traces … et des interrogations.

Texte publié par L’Arche Editeur, 116 pages, 12 €

Rien de moi de Arne Lygre, traduction, mise en scène et scénographie, Stéphane Braunschweig, avec Chloé Réjon, Manuel Vallade, Luce Mouchel, Jean-Pierre Vidal. Collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel, lumières Marion Hewlett, son Xavier Jacquot. Durée : 1 heure 30.
Théâtre national de la Colline jusqu’au 21 novembre 2014. Théâtre de la Manufacture – Nancy du 3 au 5 décembre 2014.

Photo © Elisabeth Careccio

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