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Critiques / Théâtre

Revenez demain de Blandine Costaz

par Corinne Denailles

Comment être soi-même à deux

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A la fin de chaque rencontre, elle s’entend dire : « Revenez demain ». L’homme qui la reçoit la traite avec la désinvolture des puissants. Lucie a des enfants, une vie personnelle difficile, et le cadre qui examine sa candidature abuse de son pouvoir : il est imprécis, désinvolte, dragueur, manipulateur, mélange les arguments. Elle, elle est tranchante, parfois cynique, angoissée, parfois drôle, souvent un peu ailleurs, insaisissable. La pièce, qui n’est pas totalement réaliste, prend une belle liberté par rapport aux structures classiques ; le personnage féminin vient régulièrement à l’avant-scène pour des monologues insolites qui, loin de la dévoiler, révèlent des aspects mystérieux d’une personnalité opaque et inquiétante. Jusqu’où iront ces désirs d’échapper aux difficultés de la vie et à la solitude, sortiront-ils des mensonges et des pièges où nos sociétés pervertissent l’amour et la vérité ? La relation entre les deux personnages évolue du professionnel à l’intime, mais reste fondamentalement de même nature.
La pièce de Blandine Costaz – première pièce d’une actrice qui a surtout mené sa carrière en Allemagne et en Suisse – fonctionne autant sur les silences et les mystères que sur les mots, elle dresse un tableau violent des relations hommes-femmes, que ce soit dans le monde du travail ou la vie privée. Elle dessine des tracés subtils qu’elle ne conclut pas, au risque de nous perdre un peu. La mise en scène de Laurent Fréchuret, qui joue sur plusieurs registres, celui de l’étrangeté et de l’évolution dramatique et son contexte allemand, ne capte pas vraiment la distance, le second degré qui point dans le texte. Marianne Basler donne un merveilleux éclat au personnage féminin : cette femme a sa séduction, mais aussi son étrangeté, ses crispations, ses maladresses. L’actrice trouve là l’un de ses rôles les plus complexes et les plus inattendus. Face à elle Gilles Cohen joue la partition masculine qui est plus rectiligne, qui offre moins de nuances. Il réussit assez bien à interpréter deux personnages, semblables et opposés, plus à l’aise dans le rôle du mari que dans celui de l’employeur. Dans un style original qui prend la narration à contre-pied, le texte de Blandine Costaz propose des perspectives d’écriture originales.

Revenez demain de Blandine Costaz, mise en scène de Laurent Fréchuret, décor de Rudy Sabounghi, costumes de Colombe Lauriot-Prévost, lumière de David Debrinay, collaboration vidéo de Théo Barletta, son d’Olivier Chambin, avec Marianne Basler et Gilles Cohen.

Théâtre du Rond-Point, tél. 01 44 95 98 21, jusqu’au 21 février. Texte aux éditions les Cygnes (durée : 1 h 10).

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