Théâtre du Vieux Clombier du 3 au 19 mars
Rendez-vous contemporains
Regarder le monde
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- 21 février 2011
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Parce qu’elle se doit de maintenir le cap entre la tradition et l’esprit du temps, la Comédie-Française inscrit son action « dans un va-et-vient permanent entre l’interrogation du patrimoine théâtral et la construction du répertoire de demain », ainsi que le souligne son actuel administrateur général Muriel Mayette. Une vieille affaire en somme, fortement initiée par Pierre Dux qui, sous son mandat, avait annexé le Théâtre de l’Odéon pour y explorer et révéler ce qui représentait alors le vif de l’écriture.
C’est que la Maison de Molière a beau être une très vieille maison, ceux qui l’habitent et la font vivre, n’en sont pas moins d’aujourd’hui, présents au monde dans lequel ils vivent et forcément sensibles aux auteurs qui savent nous en rendre des échos. C’est de cette sensibilité que témoigne « Rendez-vous contemporains » en même temps qu’ils permettent de remettre à l’affiche quelques beaux succès tel La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute d’après des textes de Pierre Desproges avec Christian Gonon (du 13 au 19 mars)
Que ce soit avec humour, ou plus gravement, (le Drap d’Yves Ravey ou Le bruit des os qui craquent de Suzanne Lebeau) sous des angles différents, les spectacles proposées interrogent le monde.
Le Bruit des os qui craquent
L’auteure québécoise Suzanne Lebeau est l’une des plus brillante chef de fil de la dramaturgie en direction du Jeune public. Avec Le Bruit des os qui craquent , c’est sans nul doute la part la plus sombre de l’humanité qu’elle interroge. A travers la fuite de deux enfants soldats dans la forêt, c’est de la pire des exactions faites à l’enfance dont elle nous parle.
Enrôlée par les rebelles qui ont massacré sa famille, Elikia victime et bourreau porte tout ensemble sa peur et son arme, tous deux trop grands pour elle. Mais, sans sa kalachnikov, elle se sent fragile comme « un petit oiseau dans la main de celui qui a faim avec le bruit des os qui craquent ». Comment grandir quand à 13 ans, la brutalité anéantit tout repère et vous fait à la fois guerrière et repos du guerrier ? Et puis dans ce quotidien sans espoir ni horizon, l’arrivée de Joseph, gamin de huit ans, les pieds en sang et battu à mort, lui donne la force de résister à la violence, « j’ai vu comme dans un miroir la peur que j’avais quand je suis arrivée…son histoire était mon histoire, celle de tous les enfants qui arrivent à la nuit tombante ». C’est leur fuite, leur peur, leur doute, leurs chamailleries nées de leurs angoisses, et leur retour à une vie moins douloureuse que raconte Suzanne Lebeau, qui emmêle le flash-back, la narration, le dialogue des deux enfants et le témoignage de l’infirmière qui les a accueillis à l’hôpital.
Pièce d’une écriture sobre et dense et à plusieurs voix (éditions Théâtrales jeunesse), qu’Anne-Laure Liégeois met en scène comme une partition chorale. Sur le plateau presque nu, rien de typique qui pourrait évoquer tel ou tel paysage, une cuvette, quelques objets en usage ici et ailleurs, c’est dans une ambiance qui évoque tout aussi bien le no man’s land que le terrain vague que marchent les deux fugitifs, Joseph (Benjamin Jungers) et Elikia (Suliane Brahim). En contre point le témoignage de l’infirmière (Isabelle gardien) et le narrateur (Gilles David). Sans pathos mais en subtils passeurs, les comédiens rendent palpable de façon saisissante le désarroi et la détresse de deux oiseaux tombés trop tôt du nid dans le pire des chaos du monde.
Créé la saison dernière au Studio de la Comédie-Française pour le jeune public, on ne peut que se réjouir de la reprise, d’un spectacle où se raconte avec une belle finesse une histoire qui nous regarde tous ( du 11 au 18 mars.
Rendez-vous contemporains du 3 au 19 mars
– Théâtre du Vieux Colombier.
Téléphone : 01 44 39 87 00/01



