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Critiques / Théâtre

Regardez mais ne touchez pas de Théophile Gautier

par Corinne Denailles

A la fin de l’envoi, ils touchent

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Jean-Claude Penchenat a exhumé une pièce de Théophile Gautier jamais jouée depuis sa création en 1847. L’auteur du Capitaine Fracasse s’était amusé à écrire un pastiche des romans de cape et d’épée joliment troussé, une manière de critiquer le théâtre bourgeois de l’époque en le moquant.

Comme chacun sait, à la cour d’Espagne, il est interdit de toucher la reine (Chloé Donn, belle grande fille ibériquement hiératique) sous peine de mort, dût-elle en mourir. Or, on apprend par la brave Griselda (Sarah Bensoussan) qu’un intrépide cavalier s’est porté à son secours alors qu’elle perdait le contrôle de sa monture et a disparu craignant le courroux royal. Dona Beatrix (Flore Gandiol, exubérante et charmante), la suivant de la reine, avait promis sa main à celui qui sauverait sa maîtresse. Le comte de San Lucar (Samuel Bonnafil, comiquement engoncé dans sa fausse sévérité et sa fraise violette) qui cherche à se débarrasser d’un neveu trop voyant et bon à rien l’a fait venir pour le marier à sa cousine, Dona Beatrix. Apprenant le bénéfice qu’il pourrait en retirer, il prétend être celui qui sauva la reine. Au gré de quelques quiproquos, le fanfaron sans scrupules, ridicule matamore (Damien Roussineau), et le preux cavalier romantique (Alexis Perret) s’affrontent pour la main de la même belle, qui prend l’un pour l’autre. Ces deux-là n’ont pas exactement le physique du rôle et n’en sont que plus drôles.

D’emblée le spectacle annonce la couleur locale avec capes noires, dentelles rouges, chapeaux noirs, éventails et mantilles. Les acteurs de la compagnie Abraxas prennent des pauses, surjouent joyeusement, passant le drame romantique au filtre de la commedia dell’arte, et sont très drôles dans ce pastiche assumé, orchestré par l’étonnant Désiré Reniflard (Paul Marchadier), pseudo témoin de l’aventure (la fausse authentification se faisait beaucoup au XXe siècle) qui distribue la parole, corrige l’accent ibérique fautif, assure le bruitage des duels avec sa batterie de cuisine. Jean-Claude Penchenat qui fut l’un des fondateurs du théâtre du Soleil, le directeur du théâtre du Campagnol, est un metteur en scène qui cultive l’esprit de finesse dont Le Bal, porté au cinéma par Ettore Scola, n’est pas la moindre de ses réussites. Avec ce spectacle faussement bricolé et vraiment épatant, il rend un hommage enjoué à Théophile Gautier dont c’est le bicentenaire de la naissance. A voir en famille à partir de 10 ans.

Regardez mais ne touchez pas de Théophile Gautier, mise en scène Jean-Claude Penchenat. Scénographie Jean-Baptiste Rony ; Costumes et accessoires, Théâtre de l’Epée de bois et Jean-Claude Penchenat. Costumière, Dominique Rocher ; Lumières, maria Antonia Pingitore et Adib Kharrat. Avec Paul Marchadier, Damien Roussineau, Alexis Perret, Samuel Bonnafil, Chloé Donn (ou Jeanne Cogny), Flore Gandiol, Sarah Bensoussan (ou Judith Margolin). Au théâtre du Ranelagh.Du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h. Rés. 01 42 88 64 44. Durée : 1h25.
Texte publié aux éditions Venenum, réédité pour la première fois depuis 1847, avec une préface de Jean-Claude Penchenat.

© Photo Lot

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