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Ravel de Jean Echenoz à l’affiche l’Artistic-Athévains

par Dominique Darzacq

De l’opéra au roman, les beaux paris d’Anne-Marie Lazarini

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Avec Ravel de Jean Echenoz, qu’elle met en scène à partir du 26 mars, Anne- Marie Lazarini, noue ensemble théâtre et musique, les deux fils sur lesquels se tissent depuis quelque temps la programmation du Théâtre Artistic-Athévains et fait son originalité.

C’est qu’on ne s’installe pas impunément dans ce qui fut au siècle dernier l’Artistic-Concert, surtout, lorsque l’envie de musique vous trotte dans la tête depuis longtemps. Il suffit que l’occasion fasse le larron. Pour Anne-Marie Lazarini, ce fut en 2005, la réalisation à Cergy Pontoise de « La Traviata » l’opéra de Verdi. Une autre et passionnante manière d’aborder la mise en scène, qui fut un choc et une révélation, et lui donna l’idée de concevoir des petites formes qui permettraient à l’opéra non seulement de faire son entrée sur le plateau de son théâtre mais de le faire pour une série de représentations. Un pari risqué mais payant, si l’on en juge par le véritable tabac que firent Le Mariage secret de Cimarosa et Lo Speziale opéra bouffe signé conjointement Haynd-Goldoni. Il y a un très fort désir du public de connaître cet art qu’est l’opéra dans des conditions de proximité et à des prix abordables , remarque Anne-Marie Lazarini pour qui il est fondamental d’établir des passerelles entre les genres et les époques. Pour elle, en effet, un théâtre qui entend travailler sur la durée et en lien avec le public, doit en toute exigence, ouvrir l’éventail de ses propositions. Ce qu’elle n’a cessé de faire, passant des classiques Georges Dandin de Molière, ou Les Serments Indiscrets de Marivaux , aux auteurs contemporains, Les Travaux et les jours de Vinaver , glissant du texte de Marguerite Duras « Outside/ La Vie matérielle » au spectacle musical avec L ‘Opéra de quat’sous de Brecht, pour ne citer que quelques uns des derniers spectacles proposés.

Faire partager ses coups de cœur

Un travail d’ouverture qui n’aurait sans doute pas le même impact s’il n’avait le coup cœur pour origine. C’est celui qu’elle éprouve pour Ravel , roman de Jean Echenoz, qu’Anne-Marie Lazarini a envie de nous faire partager aujourd’hui. On a parfois de grandes passions d’écrivains, pour moi il y a eu Virginia Woolf et dans les auteurs français contemporains, il y a Jean Echenoz. J’ai tout lu de lui, son écriture est un véritable enchantement. Lorsque j ’ai lu « Ravel » lors de sa parution en 2006, je ne connaissais pas particulièrement ce musicien, mais j’ai été fascinée par le personnage tel que le réinvente Echenoz. J’ai tout de suite eu le désir de le mettre en scène.

Dans ce roman, l’écrivain prend Ravel au moment de sa tournée triomphale aux États-Unis et retrace les dix dernières années de sa vie. Avec une grande liberté, il explore et improvise le quotidien d’un homme au parcours aussi glorieux que tragique. Il dessine le portrait d’un personnage pétri de contradictions , celui d’une star mondialement acclamée mais profondément seule, d’un artiste brillant dont les neurones se déconnectent et peu à peu perd tous les mouvements de la vie.

Du livre à la scène

Pour fascinant et émouvant que soit le personnage d’un Ravel un peu à côté du réel, tel qu’elle les aime et tel que l’a rêvé Echenoz , qui se défend d’avoir écrit une biographie, le projet premier d’Anne-Marie Lazarini est de rendre justice à une écriture, ciselée d’ironie douce et de la faire entendre.

Autrement dit de la mettre en 3D sur la scène sans rien y toucher, Je n’ai pas fait d’adaptation. j’ai simplement effectué quelques coupes que j’ai soumises à Jean Echenoz qui les a acceptées. L’enjeu pour moi était de faire du théâtre de la matière même de l’ écriture. D’installer un univers romanesque dans lequel les entrées et les sorties propres au théâtre n’ont pas cours, où, dans un espace mental, évocation épurée des lieux du roman , les trois comédiens, Coco Felgeirolles, Michel Ouimet, Marc Schapira, sont à la fois narrateurs et personnages.

Ravel n’est pas seulement comme l’a défini un critique, « un roman gorgé de vie et de mort, d’inquiétude et de mystère, de fantaisie et d’alarme, de tendresse et d’humanité », il est aussi gorgé de musique. Présente au cœur du texte, elle y est également au cœur du spectacle avec, pour passeur, le pianiste de jazz et compositeur Andy Emler. Un choix qui accorde dans un enthousiasme partagé le musicien et le romancier. Jean Echenoz est un passionné de jazz et qui, du reste, utilise ses rythmes et ses syncopes dans l’écriture de ses romans et Ravel fut le premier musicien classique à prêter une oreille attentive au jazz. Il m’a donc semblé évident de faire appel à Andy Emler qui, en scène, interprète certains morceaux au piano et, prenant exemple sur Echenoz, a conçu une partition originale qui à la fois emprunte à Ravel et joue avec lui un peu à la manière des cubistes .

Outre le spectacle et dans le droit fil des visées de l’équipe, c’est toute l’œuvre du romancier qu’elle met sur la sellette pendant tout un week-end. En effet, travailler en lien avec le public ce n’est pas se contenter de mettre à l’affiche des spectacles, si réussis soient-il, encore faut-il les accompagner par tout un travail d’animation culturelle. Un mot qui de nos jours, a tendance à faire ricaner, mais, ici, assumé sans honte puisque nécessaire outil de l’implantation d’un théâtre au cœur d’une population. Ce qu’a parfaitement réussi l’équipe des Athévains installée depuis les années quatre-vingt dans le 11ème .

La décentralisation au cœur de Paris

Troupe itinérante au départ, mais qui a vite souhaité avoir comme disait Vilar « sa petite boutique à soi », chacun à la manœuvre des spectacles selon son poste : Anne-Marie Lazarini à la mise en scène, Dominique Bourde aux costumes , François Cabanat aux décors, et soudée dans l’objectif d’un théâtre service public. Ainsi, par son travail avec les habitants du quartier, en direction des écoles, ses ateliers, ses résidences d’auteurs ( Wajdi Mouawad, Carole Frechette) , l’équipe fait souffler l’esprit de la Décentralisation en pleine capitale. Aujourd’hui, tout le monde passe par Internet, plus personne n’écrit, nous on écrit aux gens et ils nous répondent. Je pense que nous sommes les derniers cinglés à faire ça s’amuse Anne-Marie Lazarini qui insiste sur le nécessaire dialogue avec le public et l’exigence pour un théâtre d’être un lieu de chaleureux accueil.

C’est donc comme on reçoit des amis chez soi, que les 13 et 14 avril, le Théâtre Artistic-Athévains invite le public, les lecteurs convaincus comme les curieux de découverte, à la rencontre de l’œuvre de Jean Echenoz. Outre les lectures de certains de ses textes par Edith Scob , André Marcon, Stanislas Nordey , des projections de films, expositions, concert, causerie émailleront une rencontre qui se veut aussi exigeante que ludique et conviviale. En ce pays qui n’aime rien tant que la célébration des centenaires, honorer et fêter un auteur vivant qu’on aime, n’est décidément pas banal.

Photo Bruno Perroud

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