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Critiques / Théâtre

Racine par la racine de Serge Bourhis

par Gilles Costaz

Un anti-cours d’école

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Ne voulant pas appeler son spectacle sur l’auteur de Phèdre « Racine par lui-même », Serge Bourhis a préféré le facétieux « Racine par la racine ». C’est vrai qu’il prend au mot et à la source le poète, en citant abondamment des extraits de ses œuvres.

Sa pièce est une sorte de dossier pédagogique anti-professoral. Bourhis préfère s’y amuser qu’administrer une leçon scolaire. Les personnages suivent sans cesse une humeur joyeuse pour se transformer en personnages des tragédies, en acteurs jouant Racine et en étant aussi Racine et ses contemporains. Ils sont tantôt en survêtement noir, tantôt dans des toges antiques. Ils s’emparent d’un masque ou se maquillent. Ils se transforment vite car les tableaux sont brefs. On passe au galop d’un fragment de pièce à un moment de répétition, à un court débat sur le langage à une fausse analyse universitaire ou à un coup de projecteur sur un instant de la vie de Racine. C’est presque toujours très drôle, même si toutes les idées n’ont pas la même force (celle des « alexandrins anonymes », jeu de mots sur les « alcooliques anonymes », paraît un peu à côté de la plaque). On retiendra deux grands moments : les mots de Racine remplacés par le langage parlé d’aujourd’hui, l’interview du dramaturge (qui reste toujours de dos !) dans un studio de radio.
Le spectacle sait toucher l’ignorant et le spécialiste, le débutant et le connaisseur. C’est son équilibre et sa finesse. Les acteurs et actrices ont chacun beaucoup de charme et tirent le meilleur décalage comique de leurs falbalas antiques. Alberto Lombardo, qui n’assure pas le rôle de Racine (et quelques autres) tous les soirs à l’intérieur d’une distribution qui pratique l’alternance, est follement divertissant : c’est un pitre grave et lunaire, un interprète qui anoblit ce dont il se moque. (Pas étonnant qu’il soit, par ailleurs, un auteur de comédies savoureuses.) Le lycée n’a malheureusement pas autant de gaîté que ce cours de classe qui n’en est pas un, tout en l’étant quelque peu sous le croustillant de la farce.

Racine par la racine de et mis en scène par Serge Bourhis, costumes de Mario Lachaud, avec Fabienne Dubois (Athalie), Caroline Hartpence (Bérénice), Lisa Olivier (Andromaque) et, en alternance, Alberto Lombardo, Serge Bourhis, Pierre-Etienne Royer et Guillaume Dollinger. Essaïon, tél. : 01 42 78 46 42, le mercredi à 20h. (durée : 1 h 10).

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