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Critiques / Théâtre

Peine perdue

par Jacky Viallon

Sujet grave sur fond de tulle ou la liberté de l’imaginaire

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La jeune compagnie « Arts en stock » s’est attaquée à un sujet délicat et périlleux. Un dialogue entre deux femmes incarcérées, l’une plus âgée s’approprie le rôle de la mère, l’autre relativement jeune a un enfant qui a été dirions-nous réquisitionné par l’administration pénitentiaire.

On s’attend traditionnellement à des échanges tournant autour du passé ou sur des détails croustillants concernant la nature des malheureux délits. Les auteurs Aurélie Jarjanette et Mathieu Gompel auraient pu aussi s’attarder benoîtement sur les habituels problèmes de générations. Non, les fils ne vont pas se nouer là et les rapports entre les deux femmes semblent s’échapper du cadre de la situation carcérale. Elles paraissent libres et les gravités qu’elles subissent sont intégrées non pas en tant que résignation mais en tant que philosophie de la raison. C’est-à-dire accepter la punition carcérale comme quelque chose qui est dû. Ce concept étant bien intégré dans la conscience de l’acteur, il se trouve ainsi en principe exempt de toute charge mélodramatique.

Au début de la pièce les postulats sont posés d’entrée : Marthe, à l’aube de la cinquantaine, probablement incarcérée pour une longue peine, a réinventé son espace de vie à partir de sa minuscule cellule. Mais, un jour, il faut partager le peu d’espace avec une jeune recluse. Le quotidien s’installe et devient plus préoccupant que la purge elle- même. Le dialogue s’apprivoise de part et d’autre, on dirait des répliques à la Resnais avec les suspensions chères à Bergman. Les personnages partent dans les abîmes, s’éloignent encore plus et refond surface. Est-ce vigilance, de peur, malgré le lieu, de tomber dans une sorte de routine ou alors est-ce tout simplement le désir de se perdre à jamais...

Tels des jurés sans pouvoir, on assiste, incompétent, à la vie intime de ces deux femmes. Avec une curiosité d’entomologiste on y flaire « l’authentique » Les deux femmes se scrutent, se cherchent à travers l’autre et y trouve réciproquement leur liberté. Ainsi naît une nouvelle contrainte appelée dépendance. Là, l’écriture prend des risques : chercher une dépendance dans un milieu des plus dépendant : la prison....

Pour ce faire, qu’en est-il sur le plateau ?
La jeune troupe est habile, travaille sur le réalisme et semble savoir ce qu’est la distanciation. On tire agréablement parti de l’espace, même s’il est exigu. Nous pensons au parcours géométrique du maton qui s’inventent des lignes qui semblent se prolonger même au-delà de celles du théâtre.

Saluons au passage l’existence de ces petits perce-neige de la culture que sont ces théâtres de quartiers qui se battent pour fidéliser un public d’ici et d’ailleurs et qui aident les jeunes compagnies par leurs qualités d’accueil et de programmation. A vous public de les aider par votre présence. Vous êtes leur seul soutien sur lequel ils puissent compter à long terme.

« Peine Perdue » de Aurélie Jarjanette et Mathieu Gompel, mise en scène Mathieu Gompel avec Aurélie Jarjanette, Anne Beaumond et Jean-Luc Voyeux. Jusqu’au 3 février 2007 du mercredi au samedi à 21 h 30.Théâtre Aktéon, 11 rue Général Blaise Paris 11° Rés : 01 43 38 74 62

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