Rachmaninov au Théâtre des Champs-Élysées le 18 décembre

Où il est question de cloches et de Russie

L’Orchestre national de France exalte les couleurs de l’orchestre de Rachmaninov à la faveur de deux pages rarement à l’affiche des concerts.

Où il est question de cloches et de Russie

LES CLOCHES ONT TOUJOURS FAIT PARTIE de l’univers sonore de Rachmaninov qui, enfant, écoutait avec émoi les quatre notes de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod « que j’entendais souvent avec ma grand-mère, disait-il, lorsqu’elle m’emmenait à l’office en ville les jours de fête ». Il ajoute : « Les sonneurs étaient des artistes. » Ce n’est qu’en 1913 cependant que fut créée à Saint-Pétersbourg, sous sa direction (Rachmaninov a alors quarante ans), la symphonie chorale Les Cloches composée sur un poème d’Edgar Poe traduit en russe par Constantin Balmont.

Le Chœur de Radio France et l’Orchestre national de France s’emparent de cette musique avec vigueur, même si les quatre volets de l’œuvre sont fort différents. Le premier (« Les clochettes du traîneau ») convoque également un ténor, ici Pavel Petrov, qui se perd un peu dans la masse vocale, très nombreuse, préparée avec soin par Agnieszka Franków-Żelazny. La grande voix de Marina Rebeka fait meilleure figure dans « Les douces cloches nuptiales », plus lyrique, mais c’est le troisième mouvement, « Les tonitruantes cloches d’alarme », qui impressionne le plus. On entend là le tocsin dans une atmosphère de panique créée par les convulsions de l’orchestre, seul ici face au chœur. Le dernier volet, « Les lugubres cloches de fer », met en valeur l’autorité d’Alexander Roslavets, qui tient tête aux voix et aux instruments dans une page, il est vrai, d’une grande violence mais plus aérée que la première.

Deux en un

Cristian Mặcelaru a eu la bonne idée, dans le cadre d’un cycle Rachmaninov confié à l’Orchestre national*, d’inscrire en seconde partie la Troisième Symphonie du compositeur russe, dont on n’entend régulièrement que la Deuxième. Si le premier mouvement, avec son solo de clarinette typique du compositeur, est un Allegro agité précédé d’un bref Lento, c’est dans le deuxième mouvement, enchaîné par le chef avec le précédent, que le National peut s’épanouir. Combinaison d’un Allegro et d’un scherzo, il s’agit là d’une page complexe par son orchestration et sa structure, qui nous fait sortir des cadres habituels et lance motifs et contre-motifs dans un étonnant labyrinthe.

On entend comme des prééchos des Danses symphoniques, de quatre ans postérieures, dans le finale, mais une section fuguée un peu convenue en retient tout à coup l’élan final avant que le mouvement « reprenne sa course », selon le mot de Laetitia Le Guay. Cor anglais, cors, harpe : bien des pupitres, ici, sont sollicités. Le brio de l’Orchestre national n’est plus à dire, même si l’acoustique du Théâtre des Champs-Élysées ne permet pas une analyse des timbres aussi claire que l’auditorium de la Maison de la radio et de la musique.

Illustration : dr

Rachmaninov : Les Cloches - Symphonie n° 3. Marina Rebeka, soprano ; Pavel Petrov, ténor ; Alexander Roslavets, basse ; Chœur de Radio France (dir. Agnieszka Franków-Żelazny), Orchestre national de France, dir. Cristian Măcelaru. Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 18 décembre 2025.
* Prochains rendez-vous de l’Orchestre national de France avec Rachmaninov : les 21 mars (Deuxième Symphonie), 26 mars (Première Symphonie) et 16 avril 2026 (Rhapsodie sur un thème de Paganini).

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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