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Critiques / Théâtre

Oncle Vania de Tchékhov

par Jean Chollet

Eric Lacascade revisite avec fougue un monde blessé

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Eric Lacascade aime les auteurs russes. Gorki, Les Barbares, Les Estivants, mais surtout Tchekhov dont à partir de l’année 2000, il met successivement en scène, Ivanov, Cercle de famille pour Trois sœurs, La Mouette , et un mémorable Platonov dans la Cour d’honneur du Palais des papes lors du Festival d’Avignon 2002 Rien d’étonnant à ce qu’il renoue avec le natif de Taganrog, mais cette fois en associant deux de ses pièces, L’Homme des bois (1889) et Oncle Vania (1897). La première étant généralement considérée comme une ébauche de la seconde.

Retraité, le professeur Alexandre Sérébriakov est venu à la campagne se retirer dans la propriété de sa première femme, exploitée avec abnégation par sa fille Sonia et son beau-frère Vania. Accompagné de sa nouvelle et séduisante épouse, Elena, son arrivée va faire éclater le microcosme familial bourgeois. A travers le vécu de chacun des personnages et de leur entourage se révèlent les blessures et frustrations, les rêves inaboutis enfouis au plus profond des cœurs et des esprits. C’est aussi l’heure des bilans et des regrets. Ceux de ne pas avoir effectué les bons choix lorsqu’ils étaient encore possibles, en mesurant le temps qui reste à vivre. Avec le constat d’une incapacité à lutter pour la liberté et l’autonomie individuelle. Dans sa manière de sonder les âmes Tchekhov n’a pas son pareil, et chaque rencontre avec son œuvre en illustre la profondeur et l’humanité.

C’est ce que donne à ressentir cette version, dépouillée d’une imagerie souvent accolée de manière folklorique à l’auteur. Fidèle à ses (bonnes) habitudes Eric Lacascade a construit cette nouvelle création sous le signe du collectif, associant anciens collaborateurs et comédiens à de nouveaux interprètes. La scénographie d’Emmanuel Clolus s’ouvre sur une référence au théâtre, avec une porteuse lumière suspendue qui sert de table aux festivités des personnages. Elle est adossée à des panneaux constituant un envers de décor, qui seront utilisés pour moduler l’espace, au fil d’une représentation ouverte par la musique du duo des chanteurs et guitaristes rock Everly Brothers. Une manière d’introduire la tonalité d’une mise en scène pleine de vitalité, de rythme et de fureurs, où se mêlent tendresse et humour, en offrant une autre manière d’entendre et de ressentir la pièce. Avec les costumes contemporains de Marguerite Bordat, l’ensemble de l’interprétation fait preuve d’une belle homogénéité. Parmi celle – ci on relèvera plus particulièrement les prestations d’Alain d’ Haeyer dans le rôle-titre, Jean-Baptiste Malarte (Sérébriakov), Millaray Lobos Garcia (Sonia), Jérôme Bidaux (Astrov) ou Jean Boissery (Orlovski).

Oncle Vania d’ après Oncle Vania et L’Homme des bois de Anton Tchekhov, d’après la traduction d’ André Markowicz et Françoise Morvan, adaptation et mise en scène Eric Lacascade,avec Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Arnaud Churin ou Philippe Frécon, Alain d’Haeyer, Stéphane E. Jais, Ambre Kahan, Millaray Lobos Garcia, Jean-Baptiste Malarte, Maud Rayer, Laure Werckmann. Scénographie Emmanuel Clolus, lumières Philippe Berthomé, costumes Marguerite Bordas, son Marc Bretonnière. Musique Alain d’Hayer. Durée : 2 heures 45.
Théâtre de la Ville – Paris jusqu’au 22 mars 2014.
En tournée du 26 au 29 mars TNBA - Bordeaux, du 2 au 4 avril au Quartz de Brest, du 9 au 18 avril au Théâtre du Nord à Lille, les 6 et 7 mai à l’Hippodrome de Douai, du 14 au 16 mai à la Maison de la Culture de Bourges.

Photo ©Brigitte Enguerand

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