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Critiques / Théâtre

On achève bien les anges

par Dominique Darzacq

Le nouvel opus équestre de Bartabas

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On se doute bien que Bartabas n’a pas choisi au hasard un titre qui fait si fort écho au film de Sydney Pollack On achève bien les chevaux . Derrière les drames et catastrophes d’un concours de danse dans l’Amérique dépressive des années 30, c’est l’absurdité des temps et de la condition humaine dont il était question. Ce sont les mêmes, valables pour nos mauvais temps d’aujourd’hui qui affleurent à travers les élégies équestres, musicales et acrobatiques concoctées par Bartabas qui aime à rappeler « le cheval est mon outil d’expression, comme la voix l’est d’un chanteur ». C’est avec lui, à partir de lui et en toute complicité qu’il a fomenté une suite de tableaux qui nous parlent des aléas et vicissitudes de la terre plus que de l’ineffable du ciel d’où descendent des anges-cavaliers en une saisissante première image. Ils y remonteront les ailes pas mal endommagées. Entre temps ils auront chevauché sur une terre bousculée, marché sur un fil au-dessus des volcans, croisé de grands cimetières sous la lune comme seul lieu œcuménique où gisent rassemblées toutes les victimes de nos massacres et attentats, tandis que Bartabas en archange déchu, accompagné des rocailleuses psalmodies de Tom Waits fait de saisissantes et très beckettiennes apparitions équestres.

A l’inverse de ses grandes sagas proposées comme de poétiques et musicales chevauchées au cœur d’autres cultures, Bartabas a tissé là un subtil patchwork aux nuances changeantes, où affleurent les fils qui tissent toute une œuvre, de la carriole du Cabaret équestre recyclée avec humour, aux squelettes de Calacas en passant par les oies et les dindons. Empruntant à Bach comme à Jerry Bock, ou à Thierry Escaich, Olivier Messiaen, Kurt Weil …et quelques autres d’hier et d’aujourd’hui, il emmêle grandes orgues et fanfare, ouvre sa piste à tous les vents allégoriques qui sont autant de promontoires d’observation et de réflexion. S’y croisent le ciel et la terre, l’Orient et l’Occident, le rire et l’émotion, le clown et le cavalier, le cirque et les subtiles figures équestres, le sombre et la lumière, la cocasserie et le méditatif, le savant et le populaire.

Formidable fusée d’imaginaire ,à voir de 7 à 107 ans On achève bien les anges créé aux Nuits de Fourvières a retrouvé son domicile du Fort d’Aubervilliers.

On achève bien les anges Elégies (durée 2h)
Théâtre Zingaro tel 01 48 39 54 17

Photos « On achève bien les anges » ©Hugo Marty

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