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Critiques / Théâtre

Ödipus der tyrann de Friedrich Hölderlin

par Corinne Denailles

brillant et complexe

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Invité d’honneur du Festival d’automne, Romeo Castellucci présente trois productions : Le Metope del Partenone (grande halle de la Villette), L’Orestie -une comédie organique ? d’après Eschyle (Odéon), Œdipus der Tyrann de Hölderlin (Théâtre de la ville). Signalons aussi son Moses und Aron de Schönberg à l’Opéra de Paris.
Avec Ödipus, il revient à Hölderlin dont il ne met pas en scène littéralement la pièce ; il conjugue la version du mythe selon le poète allemand avec son original grec et, dépassant son sujet, il rapproche tragédie antique et religion chrétienne. L’espace de la Grèce antique est mis en dialogue avec l’espace chrétien d’un couvent qui est à la fois l’espace thébain, comme les deux faces d’une même médaille. Cette mise en dialogue du théâtre tragique et de la religion suggère la parenté de deux mondes ritualisés et clos. Captivé par la part féminine et orientale de la pensée grecque, Castellucci à l’inverse du théâtre antique, ou Shakespearien, interprété par des hommes, fait jouer Œdipe et Créon par des femmes.

La première demi-heure du spectacle se passe dans un silence pesant et sépulcral traversé de bruissements de tissus, de furtifs bruits de pas, des quintes de toux d’une des sœurs qui va mourir ; dans une atmosphère embrumée, les décors d’un couvent glissent de cour à jardin dans une semi-pénombre trouée de blancheurs pures, lumières et robe des religieuses. Repas au réfectoire, soin du potager, chorale, un monde réglé, immuable. A la mort de la sœur malade, la mère supérieure (Angela Winckler, d’une douceur infinie) découvre le texte d’Œdipe servant de cale au lit bancal. L’espace sombre du couvent bascule vers une blancheur immaculée, les religieuses semblent se fondre dans le décor. Œdipe, incarné par Ursina Landi statufiée, domine la scène, drapé dans un costume antique. Dès lors, la distinction physique entre les personnages semble abolie, à l’exception de Tirésias, interprété par Bernardo Arias Porras. Le devin convoqué par Créon (Jule Böwe), le frère de Jocaste (Iris Becher), surgit vêtu d’une peau de bête, armé d’une immense croix et portant un tendre agneau dans ses bras, vision syncrétique s’il en fut. Le récit tragique advient après la prédiction de Tirésias, repris par la prophétie de la Pythie qu’Œdipe n’avait pas voulu entendre. L’issue tragique qui le conduit à se crever les yeux est représentée dans une vidéo où l’on voit Castellucci lui-même recevoir dans les yeux un liquide lacrymogène (oléorésine de capsicum, comme on nous l’explique, utilisée par la police). visiblement agressif. C’est ici que la culpabilité du héros tragique aurait pu rejoindre la notion de culpabilité judéo-chrétienne si Castellucci n’avait pas suggéré qu’Œdipe se lave de ses crimes.

Ce spectacle en noir et blanc très esthétisant est visuellement magnifique. Castellucci est un faiseurs d’images fortes, dont le sens n’est jamais direct, parfois nimbées de mystère dont l’élucidation est laissée à l’imagination du spectateur, et qui exercent un véritable pouvoir de fascination même si l’on ne suit pas toujours les fulgurances de l’esprit bouillonnant d’intelligence du metteur en scène.

Ödipus der Tyrann de Friedrich Hölderlin, d’après Sophocle ; mise en scène, scénographie, costumes , Romeo Castellucci ; avec
Bernardo Arias Porras, Iris Becher, Jule Böwe, Rosabel Huguet, Ursina Lardi, Angela Winkle ; musique, Scott Gibbon ; lumière, Erich Schneider ; vidéo, Jake Witlen ; sculptures, Giovanna Amoroso, Istvan Zimmermann-Plastikart Studio ; solistes
Sirje Aleksandra Viise, Eva Zwedberg : figurants : Malene Ahlert, Amelie Baier, Ursula Cezanne, Sophia Fabian, Eléna Fichtner, Margot Fricke, Eva Günther, Rachel Hamm, Andrea Hartmann, Annette Höpfner, Nadine Karbacher, Sara Keller, Pia Koch, Feline Lang, Marion Neumann, Monika Reineck, Vanessa Richter, Helga Rosenberg, Ria Schindler, Janine Schneider, Regina Törn, Christina Wintz. Au théâtre de la ville jusqu’au 24 novembre 2015 à 20h30, dimanche 15h. Durée : 1h45. Tel : 01 42 74 22 77.
© Arno Declair

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