Du 3 au 27 avril 2025 à La Scala Paris.
OEdipe Roi de Sophocle par Eric Lacascade.
L’impossibilité d’échapper à la volonté des dieux.

OEdipe Roi est vue comme la tragédie la mieux construite et la plus dramatique des sept sophocléennes. Son thème est en faveur dans le genre romanesque : la poursuite d’un criminel aux données encore inconnues - la chasse, la passion, le jeu universel de la devinette, une littérature d’énigmes. (Sophocle, Gabriel Germain, « Ecrivains de toujours », édit. Du Seuil.)
Celui qui a vaincu la Sphynxe doit débrouiller le meurtre non élucidé de Laïos, la tâche en incombe à OEdipe, roi de Thèbes. Mais le succès d’autrefois peut ne pas se répéter, dit le devin. Et sûr de ses capacités et de ses dons, OEdipe se lance dans l’aventure avec le goût exacerbé du succès.
Le dénouement signe une revanche du monstre : OEdipe est vaincu par l’énigme de sa destinée - vieux et meurtri précocement. Le mystère de sa naissance, noué ingénieusement à celui du crime, est éclaircit en une scène.
Le roi est mû par le sentiment de ses devoirs envers Thèbes, tenu par ses promesses publiques, égaré par la gloire et l’auto-satisfaction. Et plus la révélation approche, plus s’accroît son acharnement à vouloir savoir. Ne doutant pas, il court à une découverte qu’il recevra malgré lui et contre lui.
OEdipe Roi est la tragédie du monarque déchu, mutilé et jeté sur les routes - incestueux avec Jocaste, l’épouse et la mère, par le seul vouloir des dieux.
Quand commence OEdipe Roi, le souverain apparaît entouré de la reconnaissance de la Cité, ayant servi le pays en le délivrant de la Sphinxe - monstre féminin de l’imagination hellénique. Plus tard, l’admiration envers lui reste. Le prêtre de Zeus, interprète du désarroi populaire face à l’épidémie - mort des vivants et sol alors infructueux - ne le tient pas pour égal aux dieux.
Les Thébains entretiennent dans la tragédie de la pitié pour la population décimée par l’épidémie ; et la mésentente du roi et de son beau-frère Créon achèverait la ruine d’OEdipe. Il faut éclaircir l’énigme de Laïos pour laver la Cité d’une nouvelle souillure. Plus tard la chute inattendue du grand homme tant admiré les réduit au chagrin et au cri d’horreur. Oedipe, reparaissant les yeux crevés, s’adresse au Chœur sage et persuasif, interprété par Alexandre Alberts et Jade Crespy, portant les sentiments de la Cité, une raison juste et modérée. Christelle Legroux (La Messagère) incarne fidélité et promesses.
Même si le roi de tragédie a reçu une assistance divine, il n’en ressent pas moins de la compassion, de l’empathie pour le peuple. OEdipe lui parle avec humanité. Il ne témoigne un comportement indigne à son rang qu’à partir du moment où Tirésias le met en face d’une vérité impossible à croire, premier signe des dieux qui fait vaciller le monarque modèle. Alain d’Haeyer (Tirésias) est un grand devin aveugle crédible, à la fois humain, cohérent et prudent.
Qu’OEdipe règne encore à Thèbes ou qu’il se démette, il est un homme que les dieux poussent obscurément vers une fin qu’ils sont seuls à connaître. La compensation à la souillure qui le rend intouchable est que le criminel n’a cessé d’être pieux. L’impiété surgit quand il croit l’oracle démenti, il est soulagé et soumis Jocaste - Karelle Prugnaud dans le rôle est intense.
Quand il commence à soupçonner qu’il pourrait avoir tué Laïos, il ne proteste pas qu’il a été frappé le premier et n’a fait que se défendre. Otomo de Manuel (Le Berger) incarne avec humilité le peuple, fidèle à la vérité du passé.
Christophe Grégoire (OEdipe) joue la droiture et la sincérité jusqu’au bout dans une belle rigueur d’esprit, force de volonté, constance et persistance. Jérôme Bidaux (Créon) est d’une envergure politique convaincante, offensé, il fait pourtant venir les deux filles face au père accusé - solidarité familiale.
OEdipe est vaincu par l’énigme de sa destinée, vieux et meurtri avant l’âge.
Un spectacle uppercut qui broie le sort d’un roi, d’un tyran et d’un homme, selon le metteur en scène Eric Lacascade : « Œdipe, ultime trou noir de la monstruosité au cœur d’une civilisation lumineuse - tragédie de l’existence. »
Une histoire atemporelle de héros et de communauté, d’un face à face ultime.
Un OEdipe Roi digne, tendu et efficace menant le public attentif à la réflexion.
Oedipe Roi de Sophocle, d’après la traduction de Bernard Chartreux, adaptation et mise en scène d’Eric Lacascade. Avec Alexandre Alberts, Jérôme Bidaux, Jade Crespy, Alain d’Haeyer, Otomo de Manuel, Christophe Grégoire, Christelle Legroux, Karelle Prugnaud,
et deux enfants en alternance Ilona Astoul, Ambre Baudry d’Asson, Manon Galliot Verrier, Mayya Goren, Lou Nivet-Liakh, Joséphine Prost Latifah Schmutz. Collaboration artistique Leslie Bernard, Jérôme Bidaux et Maija Nousiainen, scénographie Emmanuel Clolus, lumières Stéphane Babi Aubert, costumes Sandrine Rozier, assistée de Marie-Pierre Callies, son Marc Bretonnière. Du 8 au 27 avril, du mardi au samedi 21h, dimanche 17h, La Scala-Paris, 3, boulevard de Strasbourg 75010 Paris. Tél : 01 40 03 44 30.
Crédit photo : Frédéric Lovino



