Accueil > Novecento d’Alessandro Baricco

Critiques / Théâtre

Novecento d’Alessandro Baricco

par Corinne Denailles

Embarquement immédiat

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Il est né sur un paquebot transatlantique dont il n’a jamais voulu descendre de toute sa vie. Il a appris à jouer du piano mais personne ne sait comment. Le fait est qu’il est devenu un astre du jazz qui enchante les passagers des premières aux troisièmes classes avec des "sons d’un autre monde". C’est son ami le trompettiste qui raconte sa vie ; comment oublier cette scène inouïe où, en pleine tempête, ils dansent avec le piano (extravagance qui leur coûtera cher), ce duel historique avec le champion du ragtime, Jelly Roll Morton, convaincu qu’il a inventé le jazz et que personne ne peut se mesurer à lui. Il en rabattra. La vie de Novecento (il doit son nom au fait qu’il est né au début du XXe siècle) est un conte merveilleux, tragique, tendre et drôle, imaginé par l’écrivain et musicologue italien Alessandro Baricco (l’auteur de Soie, 1997) mis en scène par André Dussollier qui tient le rôle du narrateur (le texte a donné lieu en 1998 à un film italien de Giuseppe Tornatore, La Légende du pianiste sur l’océan). Le texte possède une vraie dimension théâtrale et Baricco le savait bien qui l’imaginait mis en scène tel un monologue. Là où Baricco n’avait envisagé que des enregistrements, Dussollier a choisi de se faire accompagner par une formation de jazz épatante (au piano, Elio di Tanna, à la contrebasse Olivier Andrès, à la batterie et aux percussions, Michel Bocchi, à la trompette, Sylvain Gontard) et c’était un sacré pari que de faire entendre les sortilèges de la musique céleste de celui qui joue toutes les notes en une seule. A une exception près où seul le silence est capable de nous laisser entendre le génie de l’artiste. Dussollier (molière du meilleur comédien 2015 pour ce spectacle) est un narrateur et un conteur de talent, élégant et délicieusement charmeur qui maîtrise l’art de captiver son auditoire. Nul besoin de beaucoup d’éléments scéniques ; un escalier de bateau (hautement symbolique), quelques projections en fond de scène pour l’ambiance et voilà qui suffit à nous embarquer dans un voyage inoubliable, mélancolique et joyeux.

Novecento, texte d’Alessandro Baricco, mis en scène et interprété par André Dussollier, adaptation française Gérald Sibleyras et André Dussollier avec la collaboration de Stéphane de Groodt. Mise en scène, scénographie et images, Pierre-François Limbosch ; création et direction musicales Christophe Cravero. Pianiste Elio di Tanna, trompette, Sylvain Gontard, batterie et percussions, Michel Bocchi, contrebasse, Oliver Andrès. Au théâtre du Rond-point à 18h30 jusqu’au 27 novembre. Durée : 1h30. Tél. 01 44 95 98 21.
www.theatredurondpoint.fr

Novecento:pianiste est publié aux éditions Gallimard, coll. Folio.

crédit photo : Christian Ganet

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.