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Critiques / Théâtre

Nos occupations de David Lescot

par Jean Chollet

Résistance clandestine et avenir incertain

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Depuis son apparition comme dramaturge sur la scène française, à l’aube des années 2000, David Lescot a toujours fait preuve, à travers une écriture vive et originale, d’une inspiration puisant dans l’Histoire une nécessité de transmission de mémoire. Plus précisément, celle de la Seconde guerre mondiale. A travers ses souvenirs et ses interrogations. Comme pour La Commission centrale de l’enfance (2009) où il évoquait, en solo et en chansons, s’accompagnant à la guitare, ses colonies de vacances dans l’association crée par les Juifs communistes français après la guerre.

Si, sa nouvelle pièce, dont il signe la mise en scène, est moins directement marquée par une localisation, elle s’inscrit dans un contexte qui évoque dans son titre des périodes noires. Chacune ayant débouchées sur des formes d’actions politiques dont les prolongements se traduisent encore aujourd’hui, sous différentes formes. Pas de relations historiques ou géographiques précises, – même si l’on pense autour de quelques détails évocateurs à une “ Occupation ” particulière – dans une volonté de créer une résonance universelle aux situations évoquées.

Dans le décor conçu par Alwyne de Dardel, qui évoque étonnant cimetière de pianos éventrés ou éclatés, dont la dimension métaphorique trouve une réalité dans la partition musicale interprétée avec brio par le compositeur/pianiste Damien Lehman, cette création se compose de deux parties. La première, demande un effort d’adaptation au langage porté par les six comédiens, venus de nulle part et associés à de situations insolites, dont la signifiance cryptée se révèle progressivement dans une écoute attentive. Comme une forme de résistance nécessaire dans une période de guerre, en servant de support de communication à un réseau clandestin, tout en lançant les bases de ses prolongements futurs. La seconde, une fois la paix revenue, remet en cause dans le désenchantement et les désillusions les valeurs mêmes portés par les “résistants”, ignorants les manipulations dont ils ont fait l’objet. L’avenir reste à construire … en tentant de comprendre les leçons du passé.

Une fable plus lucide que pessimiste, orchestrée avec vitalité et rythme par David Lescot, et portée par de très bons comédiens, Scali Delpeyrat, Norah Krief, Grégoire Osterman, Sarah Llorca, et Celine Millat-Baumgartner, échappant entre paroles et musiques à une forme narrative conventionnelle pour porter des accents troublants.

Nos occupations, texte et mise en scène David Lescot, avec la Compagnie du Kaïros, musique Damien Lehman, avec Scali Delpeyrat, Damien Lehman, Sarah Llorca, Céline Milliat-Baumgartner, Grégoire Oestermann, Norah Krief, Jean-Christophe Quenon. Scénographie Alwyne de Dardel, lumières Laïs Foulc, costumes Sylvette Dequest. Durée : 1heure 30
Théâtre de la VilleLes Abbesses jusqu’au 28 mai, puis en tournée en France.

Texte édité avec “ La Commission centrale de l’enfance ”, aux éditions Actes Sud Papiers Photo ©Patrick Berger

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