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Critiques / Théâtre

Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez, d’Alexandre Volodine avec des extraits de Fedor Dostoievski

par Jacky Viallon

Les sourires de demain

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Moment inattendu que celui que nous offre le Théâtre de l’Aquarium en in- vitant Youri Pogrebnitchko et les élèves acteurs de l’ensemble 16 de l’ERAC (Ecole régionale d’acteurs de Cannes).

Le plus imprévisible et le plus surprenant c’est la retenue et l’extrême pudeur qui sous-tend cette présentation : Youri Pogrebnitchko n’entre pas dans le convenu de la passion dévorante de la littérature russe qui nous génère des images souvent restituées avec excès. Ce « contenu » sorte de rétention « économique » dont il fait sa facture permanente soutient toute l’originalité de ce spectacle et lui donne une sorte d’étrangeté que l’on découvre lentement et insidieusement au fur et à mesure de la soirée.
Le procédé, s’il y a procédé, est d’autant plus spectaculaire que le décalage est accentué par la jeunesse de la distribution : insensiblement la distance s’installe entre la maturité des propos, ordre de l’expression externe et cette jeunesse contenue s’extériorisant, presque à son insu, en maintenant son potentiel d’enthousiasme.

Moments particulièrement illustratifs de cette réflexion : les interventions chantées qui reprennent des airs et paroles à succès des années soixante. Instant sensible et périlleux dans le spectacle : l’ensemble de la troupe est aligné pour former un choeur en gradin au milieu de la scène. Elle chante avec une distance complice une chanson édulcorée et saisonnière du chanteur Adamo qui nous fait « tomber la neige » à grand charme fondu. Avec une rigueur tant sur le plan vocal que corporel la chorale reste imperturbable et feint d’ignorer les petits gloussements de bonheur du public. Et quand elle s’échappe par un regard en coin ou un petit geste minimaliste qui semble surdimensionné à la seconde qui suit.

Le spectacle évolue donc à travers cette ambiguïté des signes, jeu subtil du langage autorisant à ne pas livrer les vérités tout entières.
Serait-ce une métaphore de ce que nous vivons peut-être actuellement dans le théâtre ou l’art en général : c’est-à-dire un droit de parole qui nous est de plus en plus empêché sans signe apparent, révolte contenue, acceptation, et peut-être résignation débouchée immédiat sur nombrilisme et égocentrisme artistique , c’est-à-dire hermétisme….Voir plus tard paragraphe sur aculturation

Quand au contenu : thème de la rencontre, des unions et de la séparation ; il prend source dans des ponctuations, assemblages de petits fragments empruntés à quelques essais de Dostoïevski mêlés à une pièce courte du dramaturge contemporain mort en 1990 : Alexandre Volodine.

Ce spectacle semble s’écarter des grilles habituelles mais il demande de la part du spectateur de savoir s’abandonner à la règle de lecture proposée. Donc…. À découvrir !

« Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez » d’Alexandre Volodine, avec des extraits de Fedor Dostoievski. Mise en scène : Youri Pogrebnitchko.
Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 20 janvier du mardi au samedi 20 h 30 et dimanche 16 h. Tarif unique 10 euros. Loc : 01 43 74 99 61

Photo : Patrick Laffont

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