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Reportages / Opéra & Classique

Musiques pour demain…

par Caroline Alexander

Un cru prometteur

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La nouvelle édition du festival Musica a pris son envol à Strasbourg le 21 septembre et déploiera son annuel panorama de musiques d’aujourd’hui jusqu’au 8 octobre.

Après la célébration des cinquante ans des Percussions de Strasbourg et un ciné-concert consacré aux Nibelungen de Fritz Lang en guise d’apéritif, le vrai démarrage de la manifestation fut confié au compositeur américain Steve Reich avec une nouvelle présentation de The Cave, l’une des œuvres phares de ce pape de la musique minimaliste et répétitive made in USA.

The Cave La Grotte, oratorio multimédia comme le précise son sous-titre fut créé à Vienne il y a 18 ans et reste d’une actualité qui continue de nous interroger de façon aigue Le titre fait référence à la grotte de Makpéla près de Hébron, où est enterré Abraham. Reich nous plonge dans la Bible, l’Ancien Testament et les figures emblématiques des origines spirituelles des trois religions monothéistes : Abraham, sa femme Sarah, belle et stérile, Agar, la servante qui lui fait son premier fils Ismaël, et le second Isaac né de volonté divine alors que père et mère étaient déjà largement centenaires.

Trois actes, trois points de vue, un envoûtement

Trois actes, trois points de vue, trois filiations musicales. Le point de vue de l’Israélien, du juif, celui du Palestinien, le musulman, enfin celui dit de l’Américain mais qui, dans sa diversité, représente les pensées modernes du monde occidental. A la question « à qui appartient la grotte du Tombeau des Patriarches ?", situé aujourd’hui en zone palestinienne, ce n’est pas seulement un certain Moyen Orient qui est évoqué c’est le questionnement obsessionnel d’une civilisation plusieurs fois millénaire.

En mots projetés, voix parlées et en images : textes tirés de la bible, commentaires en trois langues, écrits divers projetés en hébreu et en arabe – photos et vidéos filmées par la vidéaste Beryl Korot qui, dans ses projections, use du même style répétitif que celui de la musique. Les portraits apparaissent scandés au même rythme, les reportages reviennent en boucle, la cohérence de l’ensemble, son acuité, le tout, si exactement soutenu par l’Ensemble Modern et les Synergy Vocals créent une véritable forme d’envoûtement.

Talents pas encore confirmés et talents consacrés

Musica ouvre ses portes à des talents pas encore confirmés comme celui de Justé Janulyté, lituanienne de 29 ans qui fit ses classes auprès de Luca Francesconi. Avec Sandglasses/Les sabliers elle fait appel aux métaphores acoustiques et visuelles ainsi qu’aux ensembles monochromes. Ici quatre violoncellistes sont isolés dans quatre cylindres qui vont se remplir et se vider d’images abstraites et mouvantes. Des vagues visuelles relayée par des vagues sonores en grande partie préenregistrées sur fond d’électronique. De l’aigu d’un sifflement au graves de vrombissements de moteurs, 55 minutes cherchant à jouer sur l’hypnose mais aboutissant... à l’agacement.

Le Quatuor Arditti toujours impeccable provoqua un moment d’émotion en créant le très beau Quatuor n°2 du jeune compositeur Christophe Bertrand qui se donna la mort il y a tout juste un an, à l’âge de 29 ans.

Quand l’instrument soliste devient orchestre

En création mondiale à l’Opéra National du Rhin, La Nuit de Gutenberg de Philippe Manoury (voir article) se prolongea par une autre de ses créations : sa Partita pour alto superbement interprétée par le grand altiste Christophe Desjardins et agrandie par un extraordinaire écho électronique exécuté en temps réel. C’est l’enchantement d’un phénomène inédit où l’instrument soliste devient orchestre.

La journée Portes Ouvertes à la Cité de la Musique et de la Danse remporta comme toujours un vif succès et attira un grand nombre d’amateurs. Christophe Desjardins justement s’y produisit quasiment en vedette, à côté de toutes sortes d’artistes à découvrir. Comme Richard Dubelski et François Marillier, percussionnistes comédiens dans une série de numéros drôles, émouvants ou carrément époustouflants dont la création d’un numéro de percussions sur peau (les mains, les dos, les joues…) signé Georges Aperghis.

La fête va se poursuivre jusqu’au 8 octobre avec en apothéose un Ring Saga, performance musicale où la Tétralogie de l’Anneau du Nibelungen de Richard Wagner, passera en trois jours, de quinze à neuf heures de musique (les 30 septembre, 1et et 2 octobre au Palais des Fêtes).

Renseignements – réservations : +33 (0)3 88 23 47 23 – www.festival-musica.org

Photo Philippe Stirnweiss

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