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Michèle Guigon

par Dominique Darzacq

L’art du sucré salé

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Entre un voyage à Montréal et une longue tournée hexagonale, Michèle Guigon fait escale au Théâtre du Rond-Point où elle présente du 19 octobre au 16 novembre La Vie va où ?

Un rond de lumière, un tabouret et son accordéon comme accessoires, l’humour comme boussole, Michèle Guigon,qui avoue être obsédée par « Le sens de la vie et le temps qui passe » nous promène dans les méandres de l’existence, petits riens et méchants accros compris, de ce moment d’enfance « où les grandes personnes sont vraiment très grandes », à celui-là, « où l’on perd à la fois ses dents et ses amis ».

Traquer avec minutie l’insignifiant et l’absurde pour mieux les recycler en éclats de rire est une médecine salvatrice dont elle expérimenta la recette auprès de Jérôme Deschamps, avec qui « ce fut tout de suite le flash et l’entente ». Pendant sept ans et en cinq spectacles (Les Oubliettes, La Petite chemise de nuit, Précipitations, Les Blouses, La Veillée) elle affûte ses armes, découvre que le métissage des disciplines rend plus inventif et enrichit la création, en même temps que lui trottent dans la tête des idées de spectacles bien à elle. Confortée par le souvenir d’un professeur qui recommandait « Tu veux le faire ? Fais-le », elle le fait sous forme d’un mini spectacle « Strapontin » concocté avec Anne Artigau qui deviendra tout comme Suzy First, sa complice artistique. Alain Crombeque, alors directeur du Festival d’Avignon, voit le spectacle et lui passe commande d’un spectacle plus grand format. Ce sera « Marguerite Paradis ou l’Histoire de tout le monde », qui sera également le coup d’envoi d’un itinéraire artistique à voies multiples et jalonné de rencontres.

Outre Jérôme Deschamps, « rencontre fondatrice », Alain Crombeque, qui lui donna sa chance et lui permit « de devenir adulte » aura toujours été un interlocuteur attentif et présent, avec qui elle entretenait conversation.
Et puis, pas forcément inattendu, « Ce n’est pas parce que la forme est différente que le fond n’est pas commun », Claude Régy reste « le conseiller silencieux » qu’elle trouve au bord de son chemin et à qui elle écrit. « Son travail me bouleverse et me fascine. Il est de ces précurseurs dont on se dit, je ne comprends pas tout, mais je sais que c’est juste ».

Du geste à la parole

En ce mentor, « capable de retourner un mot comme on retourne un gant pour en voir tous les détails » Michèle Guigon reconnaît son semblable, elle qui, « comme le joaillier le fait d’une pierre précieuse, passe beaucoup de temps à regarder un mot sur toutes ses facettes pour en saisir tous les sens, toutes les harmoniques ». Un goût latent, mais concrètement exprimé à la faveur d’un voyage effectué comme lauréate hors les murs de la Villa Médicis. Partie à la rencontre de l’Europe pour mieux la comprendre, l’étape Irlandaise, pays de l’écriture et aux paysages inspirants, est décisive.
« Après l’école « Deschiens » mixte de cinéma muet et de Tati, « où on est dans le geste et la musique, où les mots ne sont pas nécessaires pour se faire comprendre, j’ai eu besoin de la parole »
Depuis, elle ne cesse de mêler les mots et les notes, le son et la parole, fignole des bijoux scéniques inclassables tout emmêlés de rire et palpitants d’émotion. Constamment sur la brèche, elle écrit, joue, met en scène , ce fut il n’y a pas si longtemps Patrice Thibaud et son « Cocorico ».
Autant d’activités où le plaisir rejoint la nécessité. Si elle « adore être sur un plateau », et s’émerveille de constater « on ne dit pas je vais travailler, mais je vais jouer », Michèle Guigon, c’est son choix, refuse les béquilles des subventions, lesquelles estime-t-elle, « ont changé de sens et sont devenues trop contraignantes. Un artiste doit être libre. Moi, je ne veux pas rendre de comptes administratifs, je veux rendre des comptes artistiques »
Ces comptes là, c’est en scène qu’elle les rend pour un public qui ne cesse de s’élargir au fil de spectacles aux saveurs sucrées salées, tel La Vie va où ? où le clown et le poète, le rire et les larmes, la vie et la mort vont à l’amble, car « le monde est duel ». Entre chansons et réflexions, du jeu au je, l’artiste raconte et se raconte. Dit les mots qui font peur, comme celui de cancer, celui qu’elle a eu à affronter , une expérience qui hiérarchise tout et lui apprit à être moins speed et à trouver le bon rythme sur un plateau. « J’aurais pu faire médecine, j’ai fait malade , c’est la même branche ».
Rendre cocasses les épreuves, en faire rire pour tenir la peur « qui rétrécit le cœur », à distance, métamorphoser la vie comme elle va et ne va pas en émerveillement poétique, en épopée bruissante de fine drôlerie, est tout l’art de Michèle Guigon. Sucré salé on vous dit !

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