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Critiques / Théâtre

Michel Fau investit le Névrotik-Hôtel

par Dominique Darzacq

décors roses et idées noires

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Comédien hors normes, Michel Fau avance sur des chemins de traverses, zigzagant du répertoire à l’opéra en passant par le théâtre de boulevard, revendiquant son sens de l’excès et son goût pour le travestissement. Après un Récital emphatique , un peu lâche aux coutures, il nous régale aujourd’hui d’une « comédie musicale en chambre » à la sauce aigre douce mitonnée autour de chansons plus sentimentales que réalistes et, pour l’accompagner en live trois musiciens : Mathieu El Fassi (piano), Laurent Derache (accordéon), Lionel Allemand (violoncelle). La plupart, sur des musiques de Jean-Pierre Stora, sont signées de Michel Rivgauche qui fut, entre autre, parolier pour Edith Piaf, Yves Montand, Dalida. Pour les lier ensemble, Christian Siméon, dramaturge moliérisé en 2007 pour Le Cabaret des hommes perdus , a tissé un désopilant conte noir habillé en comédie de boulevard, savamment cousu à la mesure des démesures de Michel Fau qui, en Castafiore sur le retour, nous cueille d’entrée de jeu.
C’est qu’elle est irrésistible cette Lady Margaret perchée sur sa fortune et ses talons aiguilles, tornade en robe vert pastel, brushing platine au vent, entrant comme on charge dans la chambre rose bonbon d’un hôtel de la côte normande. Elle n’a pas ses bagages, se pend, affolée, au téléphone, houspille la standardiste, s’exaspère d’une vue sur le Mont Blanc au-dessus du lit, harcèle « le joli et agaçant » groom de service qu’elle appelle boy (Antoine Kahan) . L’épaisseur du portefeuille aidant, elle le recrute pour interpréter avec elle les histoires que racontent les chansons et s’achète sans vergogne les fantasmes et l’illusion de l’amour. Mais que peut l’argent contre les désastres du temps qui passe ? Sous l’extravagance, les tournoiements de robes et de bras, les œillades et déhanchements de Lady Margaret pointe le pathétique de la perte et de la solitude.
Le comédien ne s’en cache pas, outre ses marionnettes d’enfance, c’est aussi au lait de l’émission Au théâtre ce soir que se sont nourries quelques-unes de ses passions théâtrales. Y étincelait de toutes ses vertus comiques – mais pas que - Jacqueline Maillan. Il en a l’abattage et la faconde de jeu, le subtil sens des ruptures et fait merveille en diva déjantée, masque aussi burlesque que poignant sous lequel il rend « un hommage décalé à la chanson française ».

Névrotik-Hôtel . Mise en scène Michel Fau. Trame et dialogue Christian Siméon avec Michel Fau et Antoine Kahan, Mathieu El Fassi (piano), Laurent Drerache (accordéon), Lionel Allemand (violoncelle) 1h30

Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 27 mai tel 01 46 07 34 50/ wwwbouffesdunord.com

Photo DR

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