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Critiques / Théâtre

Mélancolie(s), création collective d’après Anton Tchekhov

par Corinne Denailles

Ivanov, Les Trois Soeurs et nous

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Mélancolie est bien le maître mot du théâtre de Tchekhov et Julie Deliquet, qui avait proposé à la Comédie-Française une lecture originale d’Oncle Vania, ne s’y est pas trompée. Cette fois, elle propose un travail plus audacieux qui, toujours à partir d’improvisations des comédiens, fusionnent deux pièces du dramaturge, Ivanov et l’avant-dernière écrite, Les Trois Sœurs, une manière de montrer les données constantes de ce théâtre, qu’elle transpose, actualise, et dont la mise en relief de certains éléments appuie sur la dimension tragique et désespérée qui court entre les lignes de manière plus ou moins souterraine selon les pièces. Les trois sœurs sont vissées à leur domaine mais le rêve d’aller un jour à Moscou éclaire un peu leur vie confinée ; Ivanov, lui, ne parvient pas à trouver une once de raison de vivre et coule à pic dans le désespoir. Le metteur en scène s’est emparé de quelques-uns des personnages de Tchekhov pour les plonger dans un présent qui redistribue les mêmes cartes. Il y est question d’un monde qui finit, de crainte de l’avenir, de solitude, d’antisémitisme, d’une société en délisquescence. Julie Deliquet débute par une scène très tchekhovienne dans la scénographie et la tonalité. En extérieur, une table jonchée de bouteilles (on boit beaucoup pour oublier), quelques chaises longues où l’on paresse. L’ambiance paisible est trompeuse, très vite on découvre les fragilités et les failles de chacun. D’hier à aujourd’hui, le spectacle, habilement mis en scène et très bien interprété, nous dit que notre société est à peu près dans le même état que la Russie du début du XXe siècle et que les nouvelles générations du XXIe siècle éprouve le même vertige et le même désenchantement. Une réserve pourtant persiste sur le principe d’écriture. Créer un spectacle à partir de textes distincts existants, redistribuer les rôles et les répliques, transposer, inventer des personnages, supposent que le spectateur ait une connaissance avancée de l’œuvre originale pour apprécier le travail accompli. Un présupposé de taille sans lequel on peut goûter le spectacle mais pas ses enjeux artistiques.

Mélancolie(s), création et adaptation collective à partir des Trois Sœurs et d’Ivanov d’Anton Tchekhov. Mise en scène Julie Deliquet. Avec Julie André, Gwendal Anglade, Eric Charon, Aleksandra De Cizancourt, Oliver Faliez, Magaly Godenaire, Agnès Ramy, David Seigneur. Scénographie, Juliet Deliquet, Pascal Fournier, Laura Sueur ; Lumièes, Jean-Pierre Michel Laura Sueur ; costumes, Julie Scolbetzine ; musique et son, Matthieu Boccaren. Au théâtre de la Bastille jusqu’au 22 décembre et du 8 au 12 janvier 2018, à 21h. Durée : 1h50. Résa : 01 43 57 42 14.
www.theatre-bastille.com

© Simon Gosselin

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