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Critiques / Théâtre

Matin et soir de Jon Fosse

par Jean Chollet

Emouvante solitude entre la vie et la mort

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Matin : Durant l’année 1900, sur une île norvégienne, le pêcheur Olaï et son épouse Marta sont dans l’attente d’une naissance. C’est un garçon qu’ils baptisent Johannes.

Soir : On le retrouve en 1980, seul à la fin de sa vie. Sa femme est morte depuis longtemps, ses enfants se sont éloignés, et il organise son quotidien en pratiquant encore un peu la pêche, et aménage ses journées suivant un rituel amorcé dès son réveil, café, tartine de chèvre, cigarette, promenades, mais surtout se plonge dans ses souvenirs pour continuer à vivre. Ainsi se présente ce très beau récit de Jon Fosse, daté de 2000 (Morgon og kveld ), dans la belle traduction de Terje Sinding, adaptée aujourd’hui par Jacques Lassalle. Un matin d’automne, Johannes s’éveille pour une journée qui s’annonce comme les autres. Sans imaginer qu’elle sera la dernière. Aussi, encore plein d’énergie, il amorce une ballade qui le conduit de sa maison à celle d’un voisin et au bord de ses territoires de pêche. Au cours d’elle, il voit resurgir du néant son ami et collègue Peter, son ancien amour, Mademoiselle Pedersen, ou encore Erna sa femme et leur fille, avant de s’endormir pour un dernier sommeil. Dont il resurgira, dans une temporalité qui réunit l’avant et l’après.

L’écriture de Jon Fosse, s’est fait connaître au théâtre en France à travers la mise en scène de Quelqu’un va venir en 1999 par Claude Régy, bientôt suivi de beaucoup d’autres. Elle se caractérise sous une apparente simplicité sujette à d’infinies variations, comme une ”voix de l’écriture ” explorant l’inconscient aux frontières de l’indicible. Jacques Lassalle a abordé à deux reprises l’univers de l’auteur norvégien avec Un Jour en été (2001) et Le Fils (2012). Il inscrit ce récit dans la scénographie ouverte de Catherine Rankl, composée de localisations esquissées en bois brut (maisons, quai maritime) au cœur de vastes toiles peintes évoquant des fjords norvégiens, avec les costumes argumentaires de Renato Bianchi. Cet espace en clair obscur (lumières Gilles David) contribue à instaurer un climat adapté, introduisant l’atmosphère étrange qui environne cette rencontre indéfinissable entre les vivants et les morts. Les six comédiens, dont certains interprètent deux rôles, font preuve dans leur majorité d’une belle cohérence. Malgré quelques légères inflexions à grossir le trait, Jean-Claude Frissung, porte avec densité les fractures intérieures et l’entre deux mondes de Johannes, Rodolfo De Souza, est un Peter ambigu et intemporel à souhait, Cecile Bouillot apporte une fine sensibilité à Martha et Erna, tout comme Agnès Galan et Julien Bal dans leurs personnages respectifs. Si, il y avait une réserve à formuler sur ce spectacle, elle tiendrait dans certains aspects de la mise en scène qui se laisse parfois aller, aux cotés de ses silences judicieux, à appuyer un réalisme superflu. Pour autant, cela n’altère pas la perception d’un texte émouvant et de ressentir la profondeur d’un auteur majeur, traduit aujourd’hui dans une quarantaine de pays

Matin et Soir de Jon Fosse, texte français Terje Sinding( Editions Circé), adaptation et mise en scène Jacques Lassalle, avec Julien Bal, Cécile Bouillot, Grétel Delattre, Rodolfo De Souza, Jean-Claude Frissung, Agnès Galan. Scénographie Catherine Rankl, lumières Gilles David, costumes Renato Bianchi, bande son Arno Ledoux, Julien Bal, Jacques Lassalle, vidéo Olivier Roset , musiques André Fèvre.(2h)

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 12 octobre
tel : 0143 28 36 36.

Photo ©Antonia Bozzi

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