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Marion Boudier, Avec Joël Pommerat, L’écriture de Ça ira (1) Fin de Louis

par Corinne Denailles

Genèse du spectacle

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La dramaturge Marion Boudier, associée à la compagnie Louis Brouillard de Joël Pommerat depuis 2013, a publié en 2015 un premier volet sur la compagnie, Avec Joël Pommerat, un monde complexe (voir article webtheatre). Voici un second volet entièrement consacré à la préparation du spectacle Ça ira (1) Fin de Louis (voir la critique de Jean Chollet) qui a duré deux ans et a été créé en 2015 au Manège à Mons (Le spectacle a été joué environ 200 fois à Nanterre, reçu trois Molières en 2016 ; il est actuellement au théâtre de la Porte saint Martin).
Bien que ce ne soit pas déclaré ainsi, Marion Boudier se place essentiellement de son point de vue de dramaturge pour embrasser tous les aspects du travail, surtout pour tenter, comme elle le dit dans la préface, de « retracer le trajet de l’écriture […] ses usages de la documentation comme matériau indispensable pour entrer en écriture en collaboration avec ses comédiens ». Pour ce spectacle singulier de mise en fiction d’événements historiques, « de recréation du processus révolutionnaire dans un temps fictionnel contemporain », « une histoire à hauteur d’homme, faite par des anonymes qui nous ressemblent », Pommerat a bouleversé sa pratique, réinventé son vocabulaire esthétique et théâtral, même si la méthode générale est identique, écrire « autant avec les mots, qu’avec la lumière, le son, les corps, l’espace » ; il continue à creuser les mêmes questions sur nos comportements, mais sur un mode différent, donnant une place prépondérante à la parole comme action.
En collaboration avec l’historien Guillaume Mazeau, Marion Boudier avait pour mission impossible de révéler au metteur en scène l’objet exact de sa recherche (« J’ai besoin que tu fasses des recherches pour savoir ce que je cherche », lui avait-il dit) grâce à une profusion d’archives et de documents récoltés à pleines brassées (entre autres les quatre-vingt-deux volumes des Archives parlementaires). Son analyse chronologique débute par un rappel historique des faits, point de départ du projet. Ensuite, le travail apparaît vertigineux et sans fin, chaque étape accouchant de nouveaux possibles. Finalement, il s’agira de parler des idéologies en se fondant sur 1789 (après de nombreuses options, ce sera de 1787, Assemblée des notables, à 1792, instauration de la République), « une façon de reconsidérer l’activité politique de manière noble et positive en ces temps de crise de la démocratie et de montée des extrémismes ».
Nourris d’une profusion de documents, les comédiens ont eu à improviser à partir d’archives et à écrire eux-mêmes certaines partitions, occupant une réelle place de coauteur. « Pour l’acteur, jouer l’instant au présent, c’est savoir d’où il vient mais jamais où il va » afin de se préserver du risque d’une parole figée.
Le récit de la fabrique du spectacle, émaillé des commentaires de l’auteur, pourrait paraître d’une lecture fastidieuse tant il est factuel et détaillé, à la manière d’un journal mais pour peu qu’on accepte de s’y plonger, et surtout si on a vu le spectacle, cela devient passionnant d’entrer dans les arcanes d’une création, d’en approcher la genèse, de suivre pas à pas l’évolution du projet et de sa mise en œuvre, de ses hésitations, de ses revirements, des interrogations suscitées tant du point du sujet que du point de vue théâtral.
Au final, « Ça ira (1) fin de Louis, ne produit aucun discours savant sur l’événement révolutionnaire mais performe un savoir historique de manière à proposer une expérience d’histoire, une histoire sensible qui ne s’écrit pas que dans les livres mais s’éprouve au contact des acteurs, dans l’ambiance d’une salle, la fatigue d’une longue soirée, les réactions d’un public […] certains soirs de répétition la Bastille n’était pas prise… ».

Marion Boudier, Avec Joël Pommerat, L’écriture de ça ira (1) Fin de Louis. Actes-Sud-Papiers, collection Apprendre. 15 €.

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